Archive pour janvier, 2010

L’octroi des indemnités de fin de mandat : à qui cela profite ?

Par Pierre Claver NIYONKURU

Il est difficile d’attendre un véritable changement d’un politicien. Quand il est dans l’opposition, il promet tout pour accéder au pouvoir, une fois au pouvoir, la réalité devient toute autre. Tout ce qu’il croyait faisable devient difficile. Discutez avec vos amis, qui, hier, dans l’opposition nous promettaient monts et merveilles, aujourd’hui, à propos des promesses non tenues ou même de certains reculs par rapport à avant leur prise de pouvoir, ils vous diront biragoye ( c’est difficile).

En réalité, un politicien au pouvoir ne change jamais les choses, encore moins ce qui lui est favorable. Cela n’est d’ailleurs pas propre au Burundi ni à l’Afrique, c’est partout comme ça. Un dirigeant opère un changement uniquement lorsqu’il y est contraint par le peuple. A ce sujet, j’admire le peuple burundais parce qu’il a pris ses responsabilités. Nous avons dit non à l’Uprona et au Frodebu respectivement en 1993 et en 2005. Nous avons dit non au Major Pierre Buyoya, lui qui voulait ( j’ignore que ce n’est plus sa volonté) s’imposer comme le seul individu capable de diriger le Burundi. Je crois aussi que nous allons continuer à dire non à d’autres aventuriers.

Actuellement, le sujet à la une dans les salons des Burundais de la diaspora, c’est l’indignation causée par l’octroi des indemnités aux mandataires politiques en fin de mandat. Si cette mesure peut être politiquement ou même légalement défendable, elle demeure inopportune et illégitime.

Je suis loin de m’opposer au principe d’octroyer des indemnités à ceux qui ont géré les destinées du pays pendant un certain temps. Cependant, vu la situation économique du pays, la misère de la population et la récession que connaît le monde, il est inconcevable que des dirigeants responsables se permettent un tel luxe.

Ce qui est marrant, c’est la manière dont les députés, même les dures opposants du régime, sont tous d’accord quand vient le temps de s’octroyer des privilèges. Un jour du début de l’année 2009, je suivais une conférence d’un député burundais de l’opposition à Bruxelles, ce dernier affirmait qu’ils n’ont pas de problèmes à s’entendre quand il s’agissait de leurs avantages. Et d’ajouter que c’est l’une des rares choses sur lesquelles les députés s’entendent le plus. Curieusement, il était fier de nous le dire !

Ces indemnités vont paralyser davantage le système économique

On ne peut pas dire que nous avons un véritable système économique au Burundi. Chez nous, il est normal que quelqu’un qui gagne 100 dollars par mois paye un loyer de 200 dollars alors qu’il a une famille à faire vivre et que sa présence est quasi obligatoire dans le bar chaque soir. On ne sait pas d’où viennent ces revenus. Le major Buyoya appelait cela kwiyungunganya, se débrouiller, n’est ce pas le fameux article 15 de Mobutu. Après tout, la chèvre broute là où elle est attachée…. En 2005, obsédé par l’idée de changement dans notre patrie, je croyais que l’avènement des nouveaux décideurs va changer les choses. Je fondais mon espoir sur le passé et l’idéologie des nouveaux maîtres de Bujumbura. Hélas, comme aime me le répéter un ami, il est difficile de changer quelque chose qui s’appelle système. Quand tu viens d’y arriver, tu es confronté à des nouvelles réalités et il te revient de t’aligner, si tu ne veux pas y laisser ta peau ou alors de foutre le camp. Chez nous, on opte souvent pour l’alignement et de manger comme l’ont fait nos prédécesseurs.

Deux économies cohabitent de nos jours : une économie formelle dans laquelle l’État fait semblant de payer ses fonctionnaires et eux font semblant de travailler. Rares sont les fonctionnaires qui peuvent prétendre joindre les deux bouts du mois grâce à leur salaire, du moins leur salaire officiel. L’autre économie est celle au sein de laquelle tout se passe. Chacun essaye de maximiser parce qu’on ne sait pas ce qui se passera demain ( traffic d’influence, corruption à outrance, malversations économiques, missions et dépenses fictives, … ). Je reconnais toutefois qu’il y a des fonctionnaires honnêtes qui se débrouillent par exemple en construisant un petit kiosque à côté de leur maison pour pouvoir joindre les deux bouts du mois. Cette catégorie n’a pas une large marge de manœuvre, généralement c’est ceux qui n’ont pas accès à la caisse. Même quand ils font une grève pour chercher à améliorer leur situation, ils risquent la prison ou tout est mis en œuvre pour arrêter leur mouvement.

Les indemnités de fin de mandat améliorera uniquement la situation de nos excellences et honorables. Pour bien comprendre l’arrogance de nos députés, faîtes l’erreur d’appeler un députer par son nom, celui qu’il porte depuis sa naissance, sans ajouter le titre honorable, vous verrez comment il va vous foudroyer. Bientôt, ils vont revendiquer qu’on les appelle vénérable. Mon but n’est pas de leur enlever l’honneur que leur a fait le peuple en votant pour eux, mais ce titre devrait les rendre encore plus humbles, il devrait faire qu’ils servent au lieu de se servir. Eux qui gagnent déjà des gros salaires, qui abusent du système et qui s’enrichissent au dos du contribuable, le même contribuable doit les remercier à la fin de leur mandat. Je souligne en passant que ces personnes que le peuple doit remercier n’ont pas nécessairement rendu un bon service au pays.

Ces indemnités vont accroître l’écart entre les riches et les pauvres. Je crois que l’un des éléments fondamentaux de l’économie du pays est la circulation de la monnaie. Les politiciens, d’où qu’ils viennent, pourront nous faire rêver, mais aussi longtemps que la monnaie se trouve entre les mains d’un groupe d’individus, l’économie du pays ne va jamais décoller. Et malheureusement, tous les régimes qui se sont succédés à Bujumbura ont échoué à changer cette donne, l’argent est resté dans les mains d’un petit groupe d’individus. La seule chose qui a été faite est de changer les acteurs, jamais les scénarios.

En octroyant ces indemnités, on augmente les revenus des mêmes riches et l’économie du pays va en souffrir davantage.

A cause de ces indemnités, plus d’amour pour la politique

La seule façon de s’enrichir au Burundi est de faire la politique, c’est le cas pratiquement dans tous les pays africains. Apres une longue observation, on s’enrôle dans une formation politique, celle au pouvoir ou qui a des fortes chances de remporter les prochaines élections et ainsi on peut espérer la nomination à un poste et bénéficier les privilèges qui vont avec le poste. Quelqu’un me disait qu’il y avait moyen de bien gagner sa vie en faisait du business. Le problème est que même les hommes d’affaires sont, de près ou de loin des politiciens. En effet, le seul client sérieux au Burundi c’est l’État et quand tu n’es pas membre du parti au pouvoir ou tout au moins son sympathisant, tu n’as pas de marchés. Ainsi, les hommes d’affaires au Burundi passent leur temps à effectuer des sondages pour savoir vers où va souffler le vent. Ne connaissez-vous pas des hommes d’affaires qui sont passés de l’Uprona au CNDD-FDD en passant par le Frodebu. Et bientôt, on ne sait pas dans quel parti ils vont prendre leur carte de membre. J’en connais qui, pour simplifier les choses, cotisent partout et quelque soit le gagnant c’est business as usual.

Je connais beaucoup de professionnels qui ont servi leur pays pendant toute leur vie et qui continuent à vivre leur vie de misère. Et allez voir, les maisons que construisent les détenteurs des postes politiques depuis quelques années, moins de cinq. Le style de vie qu’ils mènent,…. Les indemnités que le Parlement vient d’offrir aux dirigeants vont contraindre tout le monde à chercher une carrière politique. Les autres postes seront occupés en attendant une opportunité politique. Nous risquons d’avoir, c’est déjà le cas d’ailleurs, un pays où tout le monde est pseudo-politicien. Combien de diplômés en médecine, en enseignement ou dans un autre domaine professionnel voudraient passer toute leur vie en faisant le métier pour lequel ils sont formés ? Très peu, s’il y en a ! Pourquoi ? Parce qu’il est difficile de bien gagner sa vie sans faire la politique.

En fait, avec les 2 millions de dollars que nous allons octroyer au président en fin de mandat, nous allons avoir des batailles encore plus farouches pour occuper le fauteuil présidentiel. Imaginez-vous qu’il suffira de faire un seul mandant pour devenir millionnaire en dollars, wow !

Au Canada, un pays riche il faut le souligner, il y a des premiers ministres, l’équivalent d’un président dans notre système, qui ne sont pas millionnaires en dollars alors qu’ils ont occupé ce poste pendant 10 ans. Donc, le poste de président va être une garantie pour devenir millionnaire en dollars. En plus de toutes les sommes d’argent qu’un président va accumuler pendant son régime et d’être sénateur à vie, bénéficier de 2 millions de dollars…voilà qui va augmenter le nombre d’aventuriers qui veulent à tout prix devenir chef d’ État. Comprenez-moi bien, je ne voudrais pas que les ex présidents burundais soient pauvres après leur fonction, mais qu’un pays aussi pauvre que le Burundi accorde 2 millions de dollars à un ancien chef d’État est une aberration est une moquerie à la misère de notre population.

De plus en plus de Burundais croient que la politique est l’art de mentir, que tout le monde entre en politique pour s’enrichir. En tant que politologue, je crois qu’il y a toujours moyen de faire une politique saine et de se mettre au service de son pays en tant que politicien. Pierre Nkurunziza, notre actuel président, lorsqu’il était ministre de la bonne gouvernance avait crié haut et fort que ce genre d’indemnités constitue une dilapidation des biens publics et il s’y opposait farouchement. Il a attiré la confiance d’une grande partie de la population burundaise. Je crois que rarement dans l’histoire du Burundi post-coloniale, un dirigeant a eu au tant de popularité que Nkurunziza et son parti à la sortie du maquis. Aujourd’hui, qu’en est-il excellence monsieur le président ? Depuis 2005, y-a-il eu des changements importants dans l’économie du pays qu’on peut se permettre ce luxe ? Voilà la différence entre un politicien à l’opposition et celui au pouvoir, c’est le jour et la nuit !

Toutefois, parlant de ces indemnités, il revient aux dirigeants actuels d’être des bons gestionnaires et d’arrêter de se tailler toujours la part du lion quand la misère fait rage dans ce pays de Mwezi Gisabo. Chez nous, on a toujours en 2009 des individus, des responsables de famille, qui ont de la peine à avoir 1000 Fr. Bu., un dollars, et nos élus se partagent des milliards. En fait, tout dépendra de ce que veut le président et son entourage, s’ils veulent passer dans l’histoire comme des dirigeants qui ont soutenu le pillage du pays, ils en ont l’opportunité. Et s’ils veulent que l’histoire se souvienne d’eux comme des dirigeants qui ont protégé les biens publics , tout au moins en s’opposant à ces indemnités, ils en ont également l’opportunité. Dans tous les cas, personne n’arrêtera le verdict de l’histoire.

L’expérience m’aura appris que l’on ne peut pas faire une politique saine sans d’abord et avant tout penser à l’économie. Je me rappelle qu’à la faculté, les économistes et les politologues se disputaient la première place : les économistes défendaient que c’est l’économie qui est à la base de la politique, alors que les politologues étaient convaincus que c’est la politique qui donne les lignes directrices à l’économie. Même si je crois que la politique est le master de la vie en société, je demeure convaincu qu’un politicien doit, dans un premier temps, penser économie. Donc, au lieu d’enrichir ceux qui le sont déjà, notre pays devrait penser à investir ce magot dans des projets de microcrédits afin que la machine économique tourne. C’est ainsi que le peuple se dira qu’il y a eu un léger mieux entre les gestion d’hier et celle d’aujourd’hui.

274 jours après l’assasinat d’Ernest MANIRUMVA

Mot liminaire de la conférence de presse animée par les organisations de la société civile le 09 janvier 2010

Mesdames, Messieurs les journalistes ; Mesdames, Messieurs les représentants de la société civile ; Mesdames, Messieurs les représentants des institutions de défense des droits de l’homme ; Distingués invités ;

Avant de débuter cette conférence de presse, permettez-nous de marquer une minute de silence en mémoire du regretté Ernest MANIRUMVA, victime d’un assassinat dont les conditions n’ont toujours pas été éclaircies.


274 jours viennent de s’écouler après l’assassinat ignoble d’Ernest MANIRUMVA, 274 jours de douleur et d’interrogation pour la grande famille de la Société civile, 274 jours en quête de la justice et de la vérité pour Ernest MANIRUMVA.

Nous ne cesserons jamais de le rappeler, Ernest MANIRUMVA, Vice-président de l’OLUCOME, a été sauvagement assassiné dans la nuit du 8 au 9 avril 2009. Depuis, plus de 350 organisations de la société civile se sont mobilisées pour dénoncer cet acte barbare et demander qu’une enquête libre et indépendante soit rapidement ouverte afin de faire la lumière sur ce crime et que ses auteurs soient traduits en justice. Devant l’absence d’avancée significative, nous avons lancé le 9 juillet une campagne intitulée « Justice pour Ernest MANIRUMVA » pour bien marquer notre détermination à rester mobilisés aussi longtemps que l’enquête n’aura pas abouti. 274 jours après la disparition d’Ernest MANIRUMVA, les raisons de notre mobilisation restent inchangées.

La troisième commission d’enquête mise en place au début du mois d’octobre nous semble plus déterminée que les deux premières. Nous l’encourageons à forcer son allure, à explorer toutes les pistes et à ne céder à aucune sorte de pression, d’où qu’elle puisse venir. Nous lui garantissons notre entière disposition à la collaboration et lui demandons de respecter l’engagement pris de terminer son enquête et sortir son rapport dans les deux mois.

Il y a trois mois, nous avions souligné que notre mobilisation afin d’obtenir Justice pour Ernest va bien au-delà du seul cas de notre regretté compagnon. Nous portons toujours le deuil de chacune des victimes de la violence dans ce pays, victimes d’hier et victimes d’aujourd’hui dont les bourreaux n’ont jamais été identifiés et dont les familles pleurent toujours dans la nuit du silence et de l’impunité.

Nous avions exprimé à la même occasion notre inquiétude quant à l’avenir de la société civile et de la démocratie, fondant notre préoccupation sur un certain nombre de réunions de nos organisations qui venaient d’être interdites dans différentes localités du pays. La suite nous a malheureusement donné raison : plus les jours avancent vers les élections, plus se manifeste et se renforce une volonté politique de faire taire les organisations citoyennes.

Hier, Ernest MANIRUMVA est probablement mort parce qu’il connaissait des vérités qui dérangent, il se battait pour que la société burundaise se construise autour de valeurs d’intégrité et de justice sociale. Aujourd’hui, ses compagnons de lutte et les organisations au sein desquelles il militait font face à des menaces persistantes en se battant pour les mêmes valeurs. Sous des prétextes fort illégaux, nombre d’organisations de la société civile sont à tour de rôle pointées, convoquées, déstabilisées et stigmatisées tandisqu’une pluie d’intimidations tombent sur leurs responsables. Toute une stratégie de déstabilisation a été pensée : tantôt on personnalise les organisations, tantôt l’autorité de tutelle se substitue aux organes des organisations quand elle ne décide pas purement et simplement de refuser la liberté constitutionnelle d’association, décidant qui peut s’associer avec qui. Tantôt encore, on assimile la société civile à l’opposition politique quand on ne l’accuse pas de renfermer des traitres manipulés par des puissances étrangères.

Notre vocation, en tant qu’organisations de la société civile, est de promouvoir les conditions d’un dialogue apaisé entre nos concitoyens, et entre les citoyens et les dirigeants de ce pays. Nos organisations n’exercent rien d’autre que des droits reconnus à chacun des citoyens de ce pays : la liberté d’expression, la liberté d’association, le droit de réunion, le droit de demander des comptes à ceux qui se sont vus confier la responsabilité de gérer les affaires de tous. Elles n’ont rien à voir avec l’opposition politique qui, elle, est à la conquête du pouvoir tandis que nos organisations garderont le même œil vigilant même quand cette opposition aura gagné ce pouvoir. Et si nous recourons à des financements étrangers, c’est d’une part parce que le budget national ne prévoie pas de fonds pour des organisations citoyennes, mais d’autre part parce que même notre gouvernement y recourt sans qu’il devienne pour autant un traitre à la nation.

C’est aussi une évolution grave quand compte tenu du contexte crucial dans lequel nous nous trouvons. Alors que nous approchons d’une période électorale durant laquelle un débat public libre, ouvert doit se dérouler, cette volonté de réduire au silence les organisations de la société civile ne laisse rien présager de bon. Ceux qui seraient tentés de faire taire les voix discordantes doivent en mesurer les conséquences. Un débat tronqué ne peut que nuire à la sincérité des élections et à la légitimité des élus.

Les organisations de la société civile s’apprêtent à jouer un rôle important dans le processus électoral qui s’annonce. De façon classique, elles vont observer toutes les étapes du processus. Mais au-delà du simple monitoring, elles vont contribuer, aux côtés des media à animer le débat électoral. Sur chacun des secteurs de la vie sociale dans laquelle elles sont engagées, les organisations de la société civile peuvent exprimer les besoins de la population, formuler des propositions, interroger les acteurs politiques qui postulent à l’exercice du pouvoir sur leurs projets de société, sur leurs propositions. Le rôle de la société civile est donc irremplaçable et indispensable dans la vie démocratique du Burundi. Mais il ne peut mieux s’exercer que dans un climat de sérénité. Aujourd’hui nous en avons besoin lus que jamais.

A trois mois du premier anniversaire de l’assassinat d’Ernest MANIRUMVA, le meilleur souvenir que nous pouvons lui dédier est de poursuivre son combat pour un Etat de droit, pour une bonne gouvernance et pour la démocratie. Mais aussi poursuivre notre inlassable mobilisation jusqu’au jour où la vérité sur son assassinat éclatera.

Je vous remercie

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