Archive pour avril, 2010

Affaire Manirumva: des témoins sont éliminés

Source: IWACU

 

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Le bar situé à Bwiza où Sylvestre Niyoyankunze a reçu des balles au soir du 13 mars. ©Iwacu

L’organe  d’information du parti Sahwanya Frodebu a  publié  un article dans lequel il affirme que des témoins  gênants  dans l’assassinat d’Ernest Manirumva sont en train d’être assassinés. Iwacu a vérifié une à une les affirmations de l’Aube de la Démocratie dont un des rédacteurs, Pancrace Cimpaye, a dû prendre la fuite.
1. L’Aube de la démocratie a écrit qu’Ezéchiel Icoyishakiye était un agent de transmission du colonel David Nikiza.  Il était emprisonné au BSR (Bureau Spécial de Recherche) pour avoir trempé dans l’assassinat d’Ernest Manirumva. Il a été transféré au centre neuro psychiatrique de Kamenge (communément appelé chez le gentil) mais   malgré les assurances du commissaire adjoint de la BSR c’est homme dans la nature. Vrai ou faux

Vrai. D’après les enquêtes menées par Iwacu, Ezéchiel Icoyishakiye, était effectivement un AT (Agent de Transmission) du colonel David Nikiza. Selon les informations recueillies auprès de ce centre qui s’occupe des malades mentaux, trois policiers ont amené Ezéchiel Icoyishakiye, menotté, chez le gentil. Ce policier a été admis à l’hôpital le 8 février de cette année: «La police nous a indiqué qu’Ezéchiel Icoyishakiye agressait d’autres détenus et cassait tout objet», affirme un des responsables de l’hôpital. Cette source indique aussi que ce policier a été mis en observation à partir du 9 février mais curieusement, il ne manifestait aucun signe d’un malade mental: « C’était peut-être une façon de le faire sortir de la prison », pense une infirmière de cet hôpital. Elle ajoute qu’Ezéchiel Icoyishakiye a eu droit à une sortie autorisée mais suivie le 10 février: « Il n’est plus sorti depuis ce jour parce que visiblement personne ne le gardait. »
Des gardes-malades retrouvés chez Le Gentil affirment que deux agents qui devaient garder Ezéchiel Icoyishakiye sont partis. Des sources proches de la direction du centre neuro-psychiatrique de Kamenge précisent que l’hôpital a averti la police du départ de ces deux gardes-malades mais celle-ci n’a pas envoyé d’autres policiers pour continuer la garde. Ezéchiel Icoyishakiye a profité du moment où l’on refaisait des installations électriques le 4 mars dans hôpital pour s’enfuir . Il serait actuellement en cachette dans la province de Bubanza.

2. L’Aube a écrit que Nzisabira qui était aussi agent de transmission de David Nikiza est porté disparu. Vrai ou faux

Vrai. Différentes personnes qui le connaissent interrogées par Iwacu indiquent qu’elles ne l’ont pas vu depuis six mois.

3. L’Aube de la démocratie a écrit  que la troisième victime qui a échappé à cette campagne d’élimination est Sylvestre Niyoyankunze chauffeur du général de brigade Gervais Ndirakobuca, alias « Ndakugarika » (Je vais t’éliminer). Il a reçu des balles à la poitrine à Bwiza à la 1ère avenue. Vrai ou faux

Vrai. Sylvestre Niyoyankunze, est effectivement un agent de la police et chauffeur de Gervais Ndirakobuca, directeur général adjoint de la police nationale. Il est allé prendre un verre dans la nuit du 13 au 14 mars de cette année dans un  bistrot situé à  la  1ère avenue dans la commune urbaine de Bwiza. La version de la police est que des bandits ont fait irruption dans ce cabaret pour s’emparer des téléphones et des sommes d’ argent des clients. Ce policier est intervenu pour arrêter ces bandits et lui ont tiré dessus. Néanmoins, ceux qui étaient sur les lieux ce jour-là indiquent le contraire. D’après M. G, serveur dans ce bistrot, des hommes non identifiés sont  venus ce soir dans ce cabaret: «Ils ne sont pas entrés à l’intérieur mais ils ont envoyé quelqu’un pour chercher Sylvestre Niyoyankunze.» A sa sortie, témoignent les clients qui ont assisté à toute la scène, il a immédiatement reçu des balles et ces hommes armés sont partis sans  être  inquiétées. Interrogé à ce sujet, Pierre Channel Ntarabaganyi,  porte-parole de la police a signifié à Iwacu que le mieux serait de chercher nous même « le policier afin de nous entretenir avec lui. » Iwacu a essayé de le contacter, une fois il a décroché le téléphone mais n’a pas voulu nous rencontrer. Des sources dignes de foi indiquent que Sylvestre Niyoyankunze a est terrorisé parce que ceux qui savent qu’il détient la vérité sur l’assassinat d’Ernest Manirumva le cherchent pour l’éliminer. Il vit caché.

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Le jour de l’enterrement d’Ernest Manirumva. ©Iwacu

4. L’organe d’information du FRODEBU  a écrit que la dernière victime est le capitaine Pacifique Ndikuriyo. L’Aube a précisé que cet officier subalterne avait refusé la mission d’exécuter Ernest Manirumva parce que c’est un converti, « born again ». Vrai ou faux

Vrai. Sa veuve confirme effectivement que son mari était un « sauvé » qui ne pouvait pas accepter de commettre un crime. Il a été assassiné par des hommes en armes le 30 avril même si l’Aube avance la date du 20 avril. Iwacu a retrouvé la veuve de Pacifique Ndikuriyo mais celle-ci n’a pas voulu faire de commentaires. Elle demande seulement que les assassins de son mari soient identifiés et traduits en justice. Néanmoins, des témoins qui ont requis l’anonymat affirment que ce capitaine a été abattu parce qu’il en savait trop: « Une circulation inhabituelle des véhicules de la police le soir de son assassinat à son domicile situé à la 11ème avenue du quartier Mutakura dans la commune urbaine de Cibitoke. Un des agents du capitaine Pacifique Ndikuriye, un surnommé « Mwarabu » avait déserté son poste le soir de l’assassinat.

5. L’Aube de la démocratie a écrit que le directeur de la prison de Rutana a transféré le prévenu Joseph Ntirampeba alias Birara à Bujumbura.  Ce démobilisé avait été arrêté par la commission d’enquête. La commission avait interdit  ce transfert. Vrai ou faux

Vrai. Une source proche de cette commission confirme l’information. D’après les enquêtes menées par Iwacu, Joseph Birara est un démobilisé qui habitait le quartier Muyinga de la commune urbaine de Kinama avant de se réfugier dans la province Rutana. Il a été engagé dans une société d’énergie appelée SAMANKOR où un haut cadre du service national des renseignements l’a recommandé. Il a été arrêté et emprisonné à Rutana par la  3ème commission d’enquête. Cependant, le directeur de cette maison de détention l’a transféré à Mpimba à l’insu de la commission. Cette dernière a arrêté ce directeur de la prison Rutana. Il est incarcéré à la prison centrale. Nous avons essayé de rencontrer à Mpimba ce directeur de la prison Rutana pour qu’il nous dise celui  qui lui a intimé l’ordre de transférer Joseph Ntirampeba sans succès.

6. Le journal du parti Sahwanya FRODEBU  a écrit que la camionnette ainsi que l’agent de transmission du directeur des douanes étaient dans la nuit du 8 avril au domicile et au bureau d’Ernest Manirumva. Vrai ou faux

Vrai. Le directeur des douanes a déclaré devant la commission que sa camionnette avait été réquisitionnée par la police présidentielle.  Mais au sujet de l’agent de transmission arrêtée Iwacu a constaté que c’est plutôt un certain Albert Sibomana un démobilisé qui gardait le chantier d’Ezéchiel Nibigira, directeur des douanes. La troisième commission l’a arrêté, il est emprisonné à Mpimba.

Il vit dans la clandestinité depuis le début de cette année. C’est un policier qui dit avoir participé à l’assassinat d’Ernest Manirumva sans le savoir. S.J. a livré son témoignage à Iwacu parce qu’il estime que sa vie est en danger.
Selon lui, cinq réunions de préparation de cette tuerie se sont déroulées chez certains officiers supérieurs de la police et de l’armée deux mois avant le passage à l’acte : « Nous sommes allés chez un

Manirumva
Ernest Manirumva, vice-président de l’OLUCOME: « Ceux qui l’ont tué ne sont pas encore identifiés.» ©Iwacu

officier de la police à Kibenga trois fois, au quartier Kigobe chez un officier supérieur de l’armée deux fois. » Il se souvient surtout de la date du 8 avril 2009, la veille de l’assassinat d’Ernest Manirumva.
S.J. témoigne que l’opération a commencé vers 22 heures ce jour-là: « Nous sommes allés à Mutanga Sud. Arrivés sur les lieux, on nous a dit de sécuriser les axes, car une haute personnalité allait voyager tard dans la nuit. Nous nous sommes exécutés. »

Ce policier indique qu’une voiture est arrivée tout de suite sur les lieux. « J’ai vu l’officier qui habite à Kibenga et deux agents de transmission dont les noms sont connus en sortir. Puis deux autres voitures sont arrivées : celles de l’officier de Kigobe et celle d’un autre officier de la police qui avait participé aux cinq réunions. »
Selon toujours ce témoin, un groupe de deux éléments de la police filait Ernest Manirumva : « Quand il est arrivé chez lui, l’officier de l’armée a donné un masque à l’un des agents de transmission. L’autre officier qui habite Kibenga les a suivis. Ils sont entrés chez Ernest Manirumva. Ils sont ressortis après plus ou moins dix minutes, transportant quelqu’un. J’ai pensé que c’est une personne qu’on vient d’arrêter. Ils l’ont fait monter dans une camionnette. » Le témoin affirme qu’il ne connaissait pas Ernest. Manirumva.

« Notre rôle était de sécuriser les axes routiers »

Par après, S.J et ces autres agents de transmission ont reçu l’ordre de partir: « Il y avait trois véhicules. Nous sommes passés par le boulevard du 28 novembre, passés devant l’hôpital Roi Khaled », se rappelle-t-il. Arrivés à la gare du nord, les trois véhicules se sont dirigés vers le centre ville: « Nous sommes passés près du mess des officiers du côté de la cathédrale Régina Mundi et nous avons longé la route qui mène vers l’hôpital clinique Prince Louis Rwagasore. Nous nous sommes garés près du bureau de la Commission de Désarmement. L’officier de Kibenga a sorti la personne de la camionnette et l’a conduite dans un bâtiment situé près des locaux de la commission de désarmement », signale-t-il.
Ce policier se rappelle qu’ils ont, encore une fois, reçu l’ordre de sécuriser les axes routiers. L’officier de Kigobe nous a dit qu’un minibus de marque Hiace allait arriver et qu’il faudra qu’on le laisse passer. Ce minibus est arrivé à peu près vingt minutes plus tard. Deux personnes qu’il n’a pas pu identifier sont sorties et entrées dans un bâtiment proche de la Commission de Désarmement.
Au bout d’un moment, les deux officiers de la police dont celui de Kibenga et les autres sont ressortis. Nous sommes repartis à Mutanga Sud et nous nous sommes déployé de la même façon pour sécuriser les axes routiers, raconte-t-il. « Le minibus s’est garé près de l’entrée du domicile d’Ernest Manirumva. Deux personnes et un chauffeur étaient à bord. Les deux personnes ont transporté quelque chose vers la maison puis sont revenues. Nous sommes tous remontés dans les véhicules. »

S.J. indique qu’après l’opération, on l’a déposé à la position policière se trouvant près de l’ambassade des États-Unis d’Amérique à côté de la société d’assurance Socabu : « C’est là où j’ai passé la nuit. C’est seulement le lendemain qu’en apprenant à la radio qu’une personne à été retrouvée morte à Mutanga Sud que j’ai compris ce qui s’était réellement passé cette nuit-là. »

« Je ne perçois plus mon salaire »

Quelques mois après, l’officier de la police ci-haut cité lui demande de charger Hilaire Ndayizamba comme étant le commanditaire de cet assassinat: « J’ai travaillé chez l’homme d’affaires Hilaire Ndayizamba. Je faisais partie de sa garde à une certaine période et comme nous sommes ressortissants de la même province, cet officier était sûr que j’arriverai à convaincre les enquêteurs, mais j’ai refusé. »
Après quelques jours, indique S.J, le même officier l’a convoqué, mais par peur il ne s’est pas présenté à son bureau : « Des amis m’ont dit qu’il s’est lui même déplacé jusque-là où je travaillais pour, disait-il, s’entretenir avec moi. Il a même ordonné à mon chef direct de m’arrêter. Ce jour-là, je l’ai vu de mes propres yeux et je suis retourné dans ma cachette. » D’après S.J, cet officier a alors récupéré son fusil. Fin janvier, notre source constate que son salaire n’ a pas été versé:« J’ai compris le message et suis parti. »
Selon des organisations de la société civile, elles ont demandé à la troisième commission d’enquête sur l’assassinat d’Ernest Manirumva d’écouter S.J. moyennant une garantie de protection des témoins. Celle-ci a accepté de l’écouter, mais n’a pas donné de garantie de protection, arguant qu’elle n’avait pas la possibilité de le faire.
Pour ces organisations de la société civile, cela est inacceptable, car elles pensent que la commission envisageait d’emprisonner S.J. Ces organisations estiment que la vie de ce policier serait en danger parce qu’il serait plus exposé en prison qu’ailleurs.

Déclaration des organisations de la société civile à l’occasion du premier anniversaire de l’assassinat d’Ernest Manirumva

SOCIETE CIVILE DU BURUNDI

APRODH, CAFOB, COSYBU,  FORSC, ITEKA, OAG, OLUCOME

            9 Avril 2009 – 9 Avril 2010

Déclaration des organisations de la société civile à l’occasion  du premier anniversaire de l’assassinat d’Ernest Manirumva clip_image002

 

Bujumbura, le 9 avril 2010

 

 

Un jour nous saurons la vérité

 

Déclaration des organisations de la société civile à l’occasion

du premier anniversaire de l’assassinat d’Ernest Manirumva

 

Campagne « Justice pour Ernest Manirumva »

 

 

Voici un an aujourd’hui que disparaissait notre compagnon et ami Ernest Manirumva, assassiné dans des conditions dont l’horreur nous fera à jamais frémir.

 

Sa famille, vers laquelle se dirigent nos pensées, attend toujours de connaître la vérité. Nous, société civile, nous, organisations de citoyens burundais œuvrant pour la paix, la justice et le développement au bénéfice de toute la communauté nationale, sommes toujours mobilisés pour obtenir que l’enquête sur cet assassinat soit menée à terme et fasse éclater la vérité et TOUTE la vérité.

 

Au cours de cette longue et douloureuse année, nous n’avons pas ménagé nos efforts dans ce sens.  Nous avons notamment suivi avec attention les travaux des commissions d’enquête successives désignées pour faire la lumière, mais force est de constater que, en dépit des assurances données par le gouvernement, nous ne connaissons toujours ni les exécutants, ni les commanditaires ni le mobile de cet assassinat.

 

La troisième commission d’enquête avait promis de remettre un rapport le 10 février. Deux mois après cette échéance, aucun rapport n’a été présenté. Nous espérons que ce retard est mis à profit pour explorer toutes les pistes et identifier tous ceux qui ont pris part à la conception et à l’exécution de ce crime abominable, quel que soit leur rang et leur niveau de responsabilité.

 

En effet, un rapport ne dévoilant qu’une partie de la vérité, reposant sur une enquête incomplète serait une manière d’entretenir encore le mensonge et l’impunité qui a été le poison de notre pays.

 

Un rapport crédible par contre devra répondre à un certain nombre de questionnements en rapport avec l’assassinat d’Ernest MANIRUMVA et soulevés par diverses sources.

 

Il est notamment question de certains assassinats qui semblent en lien avec cette affaire. Il y a lieu de rappeler celui du capitaine Pacifique Ndikuriyo qui serait mort pour avoir refusé de participer à cet ignoble attentat.

 

De même ont été évoqués, avec un luxe de précisions, les assassinats d’un certain nombre de personnes ayant pris part, à leur corps défendant, à la mise en œuvre de l’assassinat. Il est aisé de vérifier si ces personnes ont effectivement trouvé la mort et dans quelles conditions. Il est également possible de vérifier leur activité dans la nuit du 8 ou 9 avril. Si ces allégations sont mensongères, une enquête sérieuse permettra de les faire taire. En l’absence d’enquête, le mystère ne peut que renforcer les soupçons. Si elles sont avérées au contraire, il sera possible de progresser vers les responsables et d’établir les liens entre eux permettant d’éclairer sur leur mobile.

 

Ernest Manirumva détenait des informations sensibles sur des malversations, des détournements et peut-être sur des trafics d’armes. Là encore, seule une enquête explorant toutes les pistes est la meilleure manière de trier le bon grain de l’ivraie et de distinguer la vérité des calomnies.

 

En attendant, nous exigeons que soit mis en place un mécanisme de protection des témoins pouvant les encourager à faire des déclarations sans crainte pour leur sécurité. Et nous profitons de cette occasion pour appeler ceux qui détiendraient une information à la faire connaître. Le silence ne protège que les assassins et met en danger la vie de ceux qui détiennent dans le secret des parcelles de la vérité.

 

Nous appelons également les autorités judiciaires à examiner le sérieux des charges qui pèsent sur des personnes détenues depuis plusieurs mois sans qu’aucun indice crédible, jusqu’à preuve du contraire, n’établisse leur culpabilité. La Justice pour Ernest Manirumva ne peut s’accommoder de voir des personnes privées injustement de leur liberté.

 

Nous attirons également l’attention sur la nécessité de garantir la sécurité des défenseurs des droits de l’homme et des chercheurs de vérité. Il sied de rappeler que dans cette affaire, ceux qui se sont exprimé sans crainte, confiants dans notre justice, nos institutions et notre démocratie, ont rencontré pourtant des difficultés et fait l’objet de menaces. Quelle qu’en soit l’origine, il est du devoir des forces garantes de la sécurité des citoyens de les protéger. Chacun doit avoir conscience que notre pays fait l’objet d’une attention internationale, que seuls ceux qui entretiennent l’impunité et la violence, compromettent nos progrès vers la paix et portent atteinte à l’image du pays.

 

Chacun doit avoir conscience également qu’un jour ou l’autre, la vérité sera connue. Nous saurons la vérité. Tout le temps qui nous sépare de ce jour sape les fondements de la confiance, de la paix et de la justice. L’exigence de Justice pour Ernest Manirumva va bien au-delà de son seul cas. C’est l’avenir de l’Etat de Droit au Burundi qui est en jeu. Cette cause appartient donc à tous les citoyens.

 

C’est pourquoi, nous trouverions choquant que cette affaire fasse l’objet d’une récupération politique. Quelle que soit la sincérité du désir de chacun de servir le pays à travers ce combat pour la Justice, il faut se garder, par respect pour sa mémoire, d’utiliser le nom d’Ernest Manirumva à d’autres fins et notamment pour servir d’argument dans la compétition électorale. Cette cause est l’affaire de tous, elle ne peut être confisquée.

 

Au moment de conclure, nos pensées vont à nouveau vers le souvenir d’Ernest Manirumva,  vers sa famille éprouvée par le deuil et la douleur et vers tous ceux qui souffrent encore rien que pour avoir voulu contribuer à la recherche de la vérité. Cette pensée, comme l’espoir de voir le Burundi progresser vers des temps de justice et de paix, nous permettent de vous assurer que nous n’abandonnerons pas ce combat tant qu’il n’aura pas abouti.

 

***

 

 

 

Rappel:

 

La société civile s’est immédiatement mobilisée pour obtenir la vérité sur l’assassinat d’Ernest MANIRUMVA.

 

-          une lettre ouverte a été adressée le 14 Avril 2009 au Président de la République. Elle a été publiée le 16 Avril 2009 au cours d’une conférence de presse organisée à cet effet.

 

-          une marche pacifique a été demandée, autorisée avant d’être reportée sine die par le Maire de la Ville de Bujumbura le 29 mai 2009.

 

-          Deux mois plus tard, constatant la défaillance des deux 1ères commissions mises en place, une campagne baptisée « Justice pour Ernest MANIRUMVA » a été lancée avec une série d’activités à la date du neuf de chaque mois.

 

-          Depuis, le 9 de chaque mois, une messe est célébrée à la mémoire d’Ernest Manirumva.

 

-          Chaque manifestation publique de la société civile débute par une minute de silence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dossier MANIRUMVA: Communiqué de Human Rights Watch, Amnesty International et EAHARDT

Burundi : justice doit être rendue pour le meurtre d’un militant

Un an après le meurtre à l’arme blanche d’Ernest Manirumva, un militant anti-corruption, la vérité n’a toujours pas été établie

(Bujumbura, le 8 avril 2010) – Le président du Burundi doit prendre des mesures pour que justice soit rendue dans l’affaire du meurtre d’un militant anti-corruption, ont demandé aujourd’hui Amnesty International, le Projet EHAHRDP (East and Horn of Africa Human Rights Defenders Project) et Human Rights Watch. Le président burundais, Pierre Nkurunziza, doit demander au procureur général d’accélérer l’enquête et les poursuites dans cette affaire et de garantir la protection des témoins, ont ajouté ces organisations. Le militant en question, Ernest Manirumva, a été poignardé à mort il y a un an, le 9 avril 2009.

Un an après le meurtre, l’enquête n’a pas encore été achevée. Neuf suspects, parmi lesquels plusieurs policiers, ont été placés en détention provisoire. Toutefois, aucune date de procès n’a encore été fixée. Une commission d’enquête judiciaire a fait des efforts, depuis sa constitution en octobre 2009, pour établir la responsabilité du meurtre. Cependant, selon certaines organisations de la société civile, cette commission n’a pas exploré toutes les pistes possibles et n’a pas achevé son travail. Enfin, le Burundi ne disposant pas de programme de protection des témoins, certains d’entre eux n’osent pas se manifester.

« Le gouvernement du Burundi devrait s’engager ouvertement à agir pour que justice soit rendue dans cette affaire délicate, » a indiqué Véronique Aubert, directrice adjointe du programme Afrique d’Amnesty International. « Le président Nkurunziza doit demander au procureur général de mener au plus vite une enquête approfondie, de garantir la protection des témoins et de traduire les coupables en justice, y compris ceux qui occuperaient des postes élevés au sein des forces de sécurité. »

Manirumva était vice-président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME), une organisation de la société civile burundaise, et vice-président d’un organisme officiel de règlementation des marchés publics. Il a été retrouvé mort poignardé devant chez lui. Un dossier de classement vide, maculé de sang, a été trouvé sur son lit et des traces d’effraction dans un bureau où il travaillait comme consultant au ministère de l’Agriculture laissent penser que les meurtriers de Manirumva cherchaient des documents sensibles qu’il avait en sa possession. Peu avant sa mort, d’après ses collègues et ses amis, Manirumva enquêtait sur des affaires de corruption au sein de la police et de tentatives d’achat illégal d’armes à feu en provenance de Malaisie par la police.

« Si les autorités burundaises sont véritablement engagées dans la lutte contre la corruption, elles doivent dès que possible identifier et traduire en justice les coupables de ce meurtre, qui semble être lié au travail de Manirumva contre la corruption, » a expliqué Hassan Shire Sheikh, directeur exécutif du Projet EHAHRDP. « Les autorités ont l’obligation d’apporter la preuve que les militants de la société civile peuvent librement critiquer le gouvernement sans risquer leur vie. »

Certains représentants du gouvernement ont également tenté d’étouffer les appels à la justice lancés par la société civile. À deux reprises en 2009, des organisations burundaises se sont vu interdire, par des représentants du gouvernement, d’organiser une marche manifestation dans la capitale, Bujumbura, visant à demander la justice dans l’affaire Manirumva. Lorsque, fin 2009, des organisations de la société civile ont fait des déclarations laissant entendre que la commission d’enquête du gouvernement n’explorait pas toutes les pistes, le ministre de l’Intérieur, Edouard Nduwimana, les a convoquées dans son bureau et les a accusées d’« s’ingérer dans le travail du système judiciaire. »

Certains membres des organisations qui ont publiquement dénoncé le meurtre et les défaillances des enquêtes judiciaires sur cette affaire ont eux-mêmes reçu des menaces. Deux d’entre eux, Pierre Claver Mbonimpa, président de l’Association pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH), et Gabriel Rufyiri, président de l’OLUCOME, ont été informés en mars 2010 que des agents de l’État planifiaient de tuer l’un d’eux en maquillant l’assassinat en accident de voiture. À la mi-mars, Mbonimpa a déclaré avoir été suivi dans le quartier Carama à Bujumbura par une jeep bleue du Service national de renseignement (SNR). (Contacté par Human Rights Watch, le directeur adjoint du SNR a assuré que ses services ne possédaient pas de jeep bleue.) Mbonimpa affirme également avoir reçu des menaces par téléphone. L’un de ses interlocuteurs lui aurait dit : « Si tu continues de travailler sur l’affaire Ernest Manirumva, tu finiras comme lui. »

De même, en novembre 2009, Pacifique Nininahazwe, délégué général du Forum pour le renforcement de la société civile (FORSC), qui menait la campagne « Justice pour Ernest Manirumva », a été averti qu’un complot d’assassinat se tramait contre lui. Son organisation a ensuite été frappée d’interdiction par une ordonnance du ministère de l’Intérieur, qui a invoqué de soi-disant problèmes techniques au niveau des documents d’enregistrement du forum datant de 2006. Bien que le ministre ait ensuite « suspendu » cette ordonnance, le FORSC reste dans un vide juridique.

« Au lieu de menacer les organisations de la société civile et de leur mettre des bâtons dans les roues, les autorités burundaises feraient mieux de s’allier à ces dernières pour explorer toutes les pistes susceptibles de conduire à l’identification des assassins de Manirumva, » a déclaré Georgette Gagnon, directrice de la division Afrique à Human Rights Watch. « Le président burundais doit faire tout son possible pour faciliter l’avancement de l’enquête et soutenir l’appel à la justice lancé par la société civile pour ce meurtre barbare. »

Les organisations ont appelé le président Nkurunziza et le gouvernement du Burundi à :

- mettre en place un dispositif de protection des témoins qui permette à ces derniers de faire leurs déclarations en toute sécurité et en toute confidentialité, en particulier pour ceux qui sont susceptibles de détenir des informations impliquant des membres des forces de sécurité ;
- faire en sorte que le travail de la commission soit mené à son terme rapidement et en toute équité, et que toutes les personnes dont les preuves montrent la responsabilité criminelle dans cette affaire soient identifiées et inculpées, y compris celles qui ont commandité le meurtre ;
- faire en sorte que les suspects actuellement placés en détention soient rapidement jugés tout en s’assurant que la recherche de preuves contre d’éventuels autres responsables se poursuive avant, pendant et après ces procès ;
- soutenir les actions de la société civile telles que la campagne « Justice pour Ernest Manirumva » en autorisant les défilés et les rassemblements, et en cessant d‘intimider les groupes de la société civile ;
- enquêter sur les affaires de menaces reçues par des activistes de la société civile qui demandent que justice soit rendue dans le cas de l’assassinat de Manirumva, et traduire en justice les auteurs de ces menaces.

Contexte
Le gouvernement burundais a pris certaines mesures pour retrouver les meurtriers de Manirumva. Une commission judiciaire a été établie le 22 avril 2009 afin d’ouvrir une enquête, mais celle-ci a entrepris peu d’actions. Après que les organisations de la société civile aient dénoncé l’inaction de la commission et le lien étroit existant entre son président et le chef du Service national de renseignement, un service qui, selon certains témoins, aurait joué un rôle dans l’assassinat de Manirumva, le procureur général a dissout la commission. En octobre 2009, il l’a remplacée par une commission dont les membres se sont montrés plus actifs et qui semblaient, aux yeux des groupes de la société civile, avoir des rapports moins douteux avec les membres des forces de sécurité.

Le gouvernement a accepté l’offre d’assistance technique proposée par le Bureau fédéral d’enquête américain (FBI) dans cette enquête. Si la première commission juridique a fait de l’obstruction, la deuxième s’est montrée plus coopérative et a permis aux agents du FBI d’interroger les suspects et de relever leurs empreintes et leur ADN. Les résultats de l’aide médico-légale apportée par le FBI n’ont pas encore été publiés.

Neuf suspects ont été placés en détention et inculpés. Cependant, au moins trois individus qui auraient pu fournir des informations sur l’affaire ont été tués ou ont disparu. Le 15 avril 2009, un agent du Service national de renseignement a pris la fuite pour le Canada avec un visa obtenu sous le faux prétexte qu’il devait participer à une conférence aux États-Unis pour le compte d’une entreprise nationale de production de café. Trois semaines après le meurtre de Manirumva, le 30 avril, un capitaine de la police, Pacifique Ndikuriyo, a été tué par balle à Bujumbura. En mars 2010, un policier nommé Ezéchiel Coyishakiye a disparu d’un hôpital psychiatrique où il était retenu sous garde armée, après avoir été arrêté dans le cadre d’une autre affaire criminelle. La police affirme ne pas savoir où il se trouve. La commission d’enquête étudie actuellement des témoignages selon lesquels ces trois individus auraient pu être directement impliqués dans le meurtre ou avoir su qu’il allait se produire.

Le procureur a donné l’ordre à la commission d’enquête de lui remettre un rapport sur ses conclusions dès qu’elle aura réuni suffisamment de preuves pour permettre d’entamer des poursuites. À ce jour, toutefois, la commission n’a encore produit aucun rapport.

Pour en savoir plus sur l’assassinat d’Ernest Manirumva et sur les menaces proférées contre les groupes de la société civile, vous pouvez consulter :
• le communiqué de presse d’avril 2009, Burundi : Les autorités doivent trouver les assassins de l’activiste Ernest Manirumva : http://www.hrw.org/fr/news/2009/04/16/burundi-les-autorit-s-doivent-trouver-les-assassins-de-l-activiste-ernest-manirumva ;
• le communiqué de presse de novembre 2009, Burundi : Le gouvernement doit annuler l’interdiction frappant une association de la société civile : http://www.hrw.org/en/news/2009/11/25/burundi-le-gouvernement-doit-annuler-l-interdiction-frappant-une-association-de-la-s ;
• le document d’Amnesty International d’avril 2009, Action urgente, Burundi : homicide illégal, Ernest Manirumva : http://www.amnesty.org/en/library/info/AFR16/003/2009/en.

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