Dossier MANIRUMVA: Communiqué de Human Rights Watch, Amnesty International et EAHARDT

Burundi : justice doit être rendue pour le meurtre d’un militant

Un an après le meurtre à l’arme blanche d’Ernest Manirumva, un militant anti-corruption, la vérité n’a toujours pas été établie

(Bujumbura, le 8 avril 2010) – Le président du Burundi doit prendre des mesures pour que justice soit rendue dans l’affaire du meurtre d’un militant anti-corruption, ont demandé aujourd’hui Amnesty International, le Projet EHAHRDP (East and Horn of Africa Human Rights Defenders Project) et Human Rights Watch. Le président burundais, Pierre Nkurunziza, doit demander au procureur général d’accélérer l’enquête et les poursuites dans cette affaire et de garantir la protection des témoins, ont ajouté ces organisations. Le militant en question, Ernest Manirumva, a été poignardé à mort il y a un an, le 9 avril 2009.

Un an après le meurtre, l’enquête n’a pas encore été achevée. Neuf suspects, parmi lesquels plusieurs policiers, ont été placés en détention provisoire. Toutefois, aucune date de procès n’a encore été fixée. Une commission d’enquête judiciaire a fait des efforts, depuis sa constitution en octobre 2009, pour établir la responsabilité du meurtre. Cependant, selon certaines organisations de la société civile, cette commission n’a pas exploré toutes les pistes possibles et n’a pas achevé son travail. Enfin, le Burundi ne disposant pas de programme de protection des témoins, certains d’entre eux n’osent pas se manifester.

« Le gouvernement du Burundi devrait s’engager ouvertement à agir pour que justice soit rendue dans cette affaire délicate, » a indiqué Véronique Aubert, directrice adjointe du programme Afrique d’Amnesty International. « Le président Nkurunziza doit demander au procureur général de mener au plus vite une enquête approfondie, de garantir la protection des témoins et de traduire les coupables en justice, y compris ceux qui occuperaient des postes élevés au sein des forces de sécurité. »

Manirumva était vice-président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME), une organisation de la société civile burundaise, et vice-président d’un organisme officiel de règlementation des marchés publics. Il a été retrouvé mort poignardé devant chez lui. Un dossier de classement vide, maculé de sang, a été trouvé sur son lit et des traces d’effraction dans un bureau où il travaillait comme consultant au ministère de l’Agriculture laissent penser que les meurtriers de Manirumva cherchaient des documents sensibles qu’il avait en sa possession. Peu avant sa mort, d’après ses collègues et ses amis, Manirumva enquêtait sur des affaires de corruption au sein de la police et de tentatives d’achat illégal d’armes à feu en provenance de Malaisie par la police.

« Si les autorités burundaises sont véritablement engagées dans la lutte contre la corruption, elles doivent dès que possible identifier et traduire en justice les coupables de ce meurtre, qui semble être lié au travail de Manirumva contre la corruption, » a expliqué Hassan Shire Sheikh, directeur exécutif du Projet EHAHRDP. « Les autorités ont l’obligation d’apporter la preuve que les militants de la société civile peuvent librement critiquer le gouvernement sans risquer leur vie. »

Certains représentants du gouvernement ont également tenté d’étouffer les appels à la justice lancés par la société civile. À deux reprises en 2009, des organisations burundaises se sont vu interdire, par des représentants du gouvernement, d’organiser une marche manifestation dans la capitale, Bujumbura, visant à demander la justice dans l’affaire Manirumva. Lorsque, fin 2009, des organisations de la société civile ont fait des déclarations laissant entendre que la commission d’enquête du gouvernement n’explorait pas toutes les pistes, le ministre de l’Intérieur, Edouard Nduwimana, les a convoquées dans son bureau et les a accusées d’« s’ingérer dans le travail du système judiciaire. »

Certains membres des organisations qui ont publiquement dénoncé le meurtre et les défaillances des enquêtes judiciaires sur cette affaire ont eux-mêmes reçu des menaces. Deux d’entre eux, Pierre Claver Mbonimpa, président de l’Association pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH), et Gabriel Rufyiri, président de l’OLUCOME, ont été informés en mars 2010 que des agents de l’État planifiaient de tuer l’un d’eux en maquillant l’assassinat en accident de voiture. À la mi-mars, Mbonimpa a déclaré avoir été suivi dans le quartier Carama à Bujumbura par une jeep bleue du Service national de renseignement (SNR). (Contacté par Human Rights Watch, le directeur adjoint du SNR a assuré que ses services ne possédaient pas de jeep bleue.) Mbonimpa affirme également avoir reçu des menaces par téléphone. L’un de ses interlocuteurs lui aurait dit : « Si tu continues de travailler sur l’affaire Ernest Manirumva, tu finiras comme lui. »

De même, en novembre 2009, Pacifique Nininahazwe, délégué général du Forum pour le renforcement de la société civile (FORSC), qui menait la campagne « Justice pour Ernest Manirumva », a été averti qu’un complot d’assassinat se tramait contre lui. Son organisation a ensuite été frappée d’interdiction par une ordonnance du ministère de l’Intérieur, qui a invoqué de soi-disant problèmes techniques au niveau des documents d’enregistrement du forum datant de 2006. Bien que le ministre ait ensuite « suspendu » cette ordonnance, le FORSC reste dans un vide juridique.

« Au lieu de menacer les organisations de la société civile et de leur mettre des bâtons dans les roues, les autorités burundaises feraient mieux de s’allier à ces dernières pour explorer toutes les pistes susceptibles de conduire à l’identification des assassins de Manirumva, » a déclaré Georgette Gagnon, directrice de la division Afrique à Human Rights Watch. « Le président burundais doit faire tout son possible pour faciliter l’avancement de l’enquête et soutenir l’appel à la justice lancé par la société civile pour ce meurtre barbare. »

Les organisations ont appelé le président Nkurunziza et le gouvernement du Burundi à :

- mettre en place un dispositif de protection des témoins qui permette à ces derniers de faire leurs déclarations en toute sécurité et en toute confidentialité, en particulier pour ceux qui sont susceptibles de détenir des informations impliquant des membres des forces de sécurité ;
- faire en sorte que le travail de la commission soit mené à son terme rapidement et en toute équité, et que toutes les personnes dont les preuves montrent la responsabilité criminelle dans cette affaire soient identifiées et inculpées, y compris celles qui ont commandité le meurtre ;
- faire en sorte que les suspects actuellement placés en détention soient rapidement jugés tout en s’assurant que la recherche de preuves contre d’éventuels autres responsables se poursuive avant, pendant et après ces procès ;
- soutenir les actions de la société civile telles que la campagne « Justice pour Ernest Manirumva » en autorisant les défilés et les rassemblements, et en cessant d‘intimider les groupes de la société civile ;
- enquêter sur les affaires de menaces reçues par des activistes de la société civile qui demandent que justice soit rendue dans le cas de l’assassinat de Manirumva, et traduire en justice les auteurs de ces menaces.

Contexte
Le gouvernement burundais a pris certaines mesures pour retrouver les meurtriers de Manirumva. Une commission judiciaire a été établie le 22 avril 2009 afin d’ouvrir une enquête, mais celle-ci a entrepris peu d’actions. Après que les organisations de la société civile aient dénoncé l’inaction de la commission et le lien étroit existant entre son président et le chef du Service national de renseignement, un service qui, selon certains témoins, aurait joué un rôle dans l’assassinat de Manirumva, le procureur général a dissout la commission. En octobre 2009, il l’a remplacée par une commission dont les membres se sont montrés plus actifs et qui semblaient, aux yeux des groupes de la société civile, avoir des rapports moins douteux avec les membres des forces de sécurité.

Le gouvernement a accepté l’offre d’assistance technique proposée par le Bureau fédéral d’enquête américain (FBI) dans cette enquête. Si la première commission juridique a fait de l’obstruction, la deuxième s’est montrée plus coopérative et a permis aux agents du FBI d’interroger les suspects et de relever leurs empreintes et leur ADN. Les résultats de l’aide médico-légale apportée par le FBI n’ont pas encore été publiés.

Neuf suspects ont été placés en détention et inculpés. Cependant, au moins trois individus qui auraient pu fournir des informations sur l’affaire ont été tués ou ont disparu. Le 15 avril 2009, un agent du Service national de renseignement a pris la fuite pour le Canada avec un visa obtenu sous le faux prétexte qu’il devait participer à une conférence aux États-Unis pour le compte d’une entreprise nationale de production de café. Trois semaines après le meurtre de Manirumva, le 30 avril, un capitaine de la police, Pacifique Ndikuriyo, a été tué par balle à Bujumbura. En mars 2010, un policier nommé Ezéchiel Coyishakiye a disparu d’un hôpital psychiatrique où il était retenu sous garde armée, après avoir été arrêté dans le cadre d’une autre affaire criminelle. La police affirme ne pas savoir où il se trouve. La commission d’enquête étudie actuellement des témoignages selon lesquels ces trois individus auraient pu être directement impliqués dans le meurtre ou avoir su qu’il allait se produire.

Le procureur a donné l’ordre à la commission d’enquête de lui remettre un rapport sur ses conclusions dès qu’elle aura réuni suffisamment de preuves pour permettre d’entamer des poursuites. À ce jour, toutefois, la commission n’a encore produit aucun rapport.

Pour en savoir plus sur l’assassinat d’Ernest Manirumva et sur les menaces proférées contre les groupes de la société civile, vous pouvez consulter :
• le communiqué de presse d’avril 2009, Burundi : Les autorités doivent trouver les assassins de l’activiste Ernest Manirumva : http://www.hrw.org/fr/news/2009/04/16/burundi-les-autorit-s-doivent-trouver-les-assassins-de-l-activiste-ernest-manirumva ;
• le communiqué de presse de novembre 2009, Burundi : Le gouvernement doit annuler l’interdiction frappant une association de la société civile : http://www.hrw.org/en/news/2009/11/25/burundi-le-gouvernement-doit-annuler-l-interdiction-frappant-une-association-de-la-s ;
• le document d’Amnesty International d’avril 2009, Action urgente, Burundi : homicide illégal, Ernest Manirumva : http://www.amnesty.org/en/library/info/AFR16/003/2009/en.



ASSASSINAT D’ERNEST MANIRUMVA : UNE BOMBE QUI ATTEND LES TÉNORS DE BUJUMBURA.

Source: Aube de la Democratie

Cela va faire bientôt une année que le vice-président de l’OLUCOME (Organisation de Lutte contre la Corruption et les Malversations Economiques), Monsieur Ernest MANIRUMVA a été sauvagement assassiné.

Des commissions d’enquête ont été initiées sans succès. Même la dernière commission est en passe de sortir un rapport presque vide car elle aussi a peur de traduire les véritables hommes forts en justice.

Malheureusement et c’est cela qui devient de plus en plus inacceptable, des innocents sont emprisonnés, d’autres en cavales et d’autres sont abattus systématiquement dans l’indifférence totale.
La société civile a presque démissionné, les hommes politiques ignorent presque les tenants et les aboutissants de ce carnage, ils sont donc impassibles, la communauté internationale se tait et guette.

C’est dans cette indifférence que le rouleau compresseur continue d’éliminer physiquement tous les témoins gênants. Ils sont nombreux, ils sont plus de trente sur la liste d’attente.

Qui sont ces témoins qui doivent être exécutés. Et quelle est la main qui les descend ? Les hommes qui sont en train d’être exécutés sont les agents de Transmission et les chauffeurs des hauts gradés de la police qui ont participé à l’assassinat d’Ernest MANIRUMVA. A côté de cette catégorie il y aura un autre groupe cible qui a été placé sur l’itinéraire de cette opération macabre. Ils sont plus d’une vingtaine. Cette nuit-là on leur avait dit que le chef de l’Etat allait se déplacer tard dans la nuit pour justifier le déploiement. Mais ce groupe n’est pas encore exécuté.

Aujourd’hui ceux qui sont déjà assassinés ou portés disparus sont :
- COYISHAKIYE Ezéchiel, il était un agent de transmission du colonel David NIKIZA. Il a été conduit à l’hôpital dénommé « Chez le gentil ». Mais malgré les assurances du Commissaire Adjoint de la PSR, Monsieur Louis…, cet homme a disparu dans la nature. Il est vraisemblablement mort. Et pourtant ce commissaire avait devant la commission d’enquête déclaré qu’il était à l’hôpital et bien gardé.
- Le deuxième Agent du même David NIKIZA s’appelle NZISABIRA. Il est lui aussi porté disparu.
- La troisième victime qui a échappé à cette campagne d’élimination s’appelle NIYOYANKUNZE Sylvestre. Ce policier, chauffeur du Directeur Général Adjoint de la Police Nationale, le Général de Brigade Gervais NDIRAKOBUCA alias NDAKUGARIKA (je vais t’éliminer) a reçu des balles en pleine poitrine à la 1ère avenue Bwiza le Week-end du 13-14 mars 2010. Il n’est pas mort. Interrogé sur les faits, il a gardé un silence de mort.
- Le quatrième cas est celui d’un deuxième agent du même NDAKUGARIKA. Il est porté disparu.
Mais à la police on déclare qu’il a déserté. Mais dans le dernier rapport du BINUB un corps non identifié criblé de plusieurs balles en pleine poitrine a été ramassé. Probablement que c’est ce policier qui manque à l’appel chez NDAKUGARIKA.

- La dernière victime qui a été assassinée le 20 Avril 2009, soit 2 semaines après l’assassinat d’Ernest MANIRUMVA est ce capitaine Pacifique NDIKURIYO. Cet officier subalterne qui faisait partie de la garde présidentielle avait participé à deux réunions sur le cas MANIRUMVA. Mais quand le groupe a décidé qu’Ernest MANIRUMVA devait être tué, le capitaine Pacifique NDIKURIYO a refusé d’exécuter cette mission en ces termes : « NARAKIJIJWE NTA MARASO NSHOBORA GUKORA » , « je suis un converti, je ne peux pas verser le sang d’un innocent »

Dès lors il n’a plus participé aux deux dernières réunions. Mais il connaissait le projet secret. Il faillait le faire taire définitivement !

Mais qui participaient à cette réunion ? Il s’agit des hommes forts de la police nationale et de la police présidentielle. Ce sont les mêmes qu’on a retrouvé sur tous les lieux où MANIRUMVA a été traîné. De son domicile cette équipe l’a traîné à son Bureau sis à Kigobe Sud. De Kigobe sud on l’a transporté en plein centre ville où il a subi un interrogatoire atroce. De là il a été traîné jusqu’à Mutanga Sud.

Ces hommes qui supervisaient l’opération avaient malheureusement, tous des chauffeurs et des agents de transmission. Il s’agissait de :
- Général Major Adolphe NSHIMIRIMANA ;
- Général de Brigade Gervais NDIRAKOBUCA ;
- Le Colonel David NIKIZA ;
- Major Désiré UWAMAHORO.

Ce sont les mêmes qui ont tenu les quatre réunions de préparation.
Ernest MANIRUMVA a donc été tué par des hauts responsables de la République. Ceci nous aide à comprendre 4 faits troublants :

1°. Le Directeur de la prison de Rutana a transféré le prévenu NTIRAMPEBA Joseph alias BIRARA à Bujumbura. Pourtant ce transfert avait été interdit par la commission d’enquête.

Ce transfert a été exigé par les mêmes dinosaures. Il avait pour objet de faire porter le chapeau à l’homme d’affaire Hilaire NDAYIZAMBA. A ce titre Monsieur Joseph NTIRAMPEBA devait charger Hilaire NDAYIZAMBA. Le prévenu a refusé ce montage parce qu’il ne connaissait pas ce NDAYIZAMBA. De surplus en acceptant ce faux témoignage NTIRAMPEBA se mettait ipso facto la corde au cou. Précisons que ce NTIRAMPEBA Joseph, un ancien démobilisé, avait bénéficié d’une recommandation spéciale pour travailler loin de Bujumbura, à Rutana, dans la société SAMANKOR. Une société qui a offert à la première dame un don d’une valeur de huit cent milles dollars américains ; une société qui affrète de temps en temps un jet pour le déplacement du chef de l’Etat à l’étranger.

La commission d’enquête non content de ce transfert de NTIRAMPEBA, a ordonné l’arrestation du Directeur de la Prison de Rutana. Celui-ci est actuellement en prison. Mais il a refusé devant la commission d’enquête de décliner l’identité de la personne qui lui a donné l’ordre de transférer le prévenu NTIRAMPEBA. A cette question il oppose un silence de mort. C’est dire que l’ordre est venu des hommes forts du pouvoir. Mais le silence de l’ancien Directeur de la prison de Rutana ne le protège pas. Il risque de subir le sort du capitaine Pacifique NDIKURIYO. Il peut être exécuté pour le faire taire définitivement.

2°. Le deuxième fait troublant vient des restrictions qui ont été imposées au FBI, son champ d’action a été réduit et surveillé. Ainsi le FBI n’a pas pu interroger les gros poissons de la police. Bien plus ils n’avaient pas le droit d’établir un contact sans la présence des burundais, encadreurs.
Que cachait-on au FBI ?

3°. Le troisième fait troublant vient de la déclaration faite par le Directeur des Douanes, Monsieur Ezéchiel devant la commission. A ce titre, rappelons que sa camionnette ainsi que son agent de transmission était dans cette nuit fatidique du 8 avril 2010 au domicile et au bureau de la victime. A la question de savoir comment cette camionnette s’est retrouvée dans cet acte criminel. Monsieur Ezéchiel a répondu tout simplement que sa camionnette avait été réquisitionnée par la police présidentielle et qu’il ignore le mobile de cette réquisition. Ce qui est étonnant c’est que seul l’agent de sécurité d’Ezéchiel a été arrêté. Mais l’homme qui a réquisitionné le véhicule n’est pas inquiété.

4°. Par contre Prosper Mérimée, Hilaire NDAYIZAMBA, le directeur de la Prison de Rutana ainsi que quelques éléments de la police restent en prison pendant que les véritables responsables de cet acte ignoble sont en liberté en train de liquider les témoins. Franchement la communauté internationale devrait faire quelque chose sinon ce dossier risque d’emporter plusieurs vies humaines. Sur cette liste des victimes il sied de rappeler le cas de l’homme d’affaire RWASA Salvator qui a dû s’exiler parce qu’il allait lui aussi être arrêté injustement.

Le parlement burundais doit se saisir de ce dossier afin d’arrêter cet hécatombe des innocents. Ceci est un devoir de tout élu du peuple digne de son nom.

J’ai parlé des victimes, j’ai parlé des bourreaux mais j’ai oublié de parler de l’essentiel : le mobile de l’assassinat d’Ernest MANIRUMVA. Pourquoi cet intègre, patriote citoyen a été immolé sur l’autel des martyrs de la Bonne Gouvernance ? Les raisons qui ont présidé à l’assassinat de ce digne fils du Burundi procède d’une investigation qu’il menait autour des armes qui sont achetées par le Burundi mais qui ne sont pas enregistrées dans aucun magasin d’armement du pays. Il cherchait à savoir où allaient ces armes et d’où provenaient les fonds pour les acheter. Le pauvre avait commencé à poser la question à la police pour savoir à quand datait la dernière commande des armes. Il ne savait pas qu’il venait de mettre les pieds dans un réseau impitoyable de trafic d’armes!

Il semblerait qu’au Ministère de la Défense Nationale et des Anciens combattants on était au courant de cette démarche heureuse d’Ernest MANIRUMVA. Est-ce pour cette raison que le Lieutenant Général Germain NIYOYANKANA, ministre de la Défense Nationale était sur les lieux du crime le matin 9 avril 2010, avec un air très fâcheux ? Ceux qui l’ont vu sur les lieux du drame, on vu un homme profondément choqué et abattu !

Cette présence du ministre de la Défense rappelle un fait important qui reste gravé dans la mémoire des sénateurs et surtout du Sénateur RUGIRA Jean Marie aujourd’hui en cavale au Canada. A ce sujet les élus sénateurs se souviennent d’une loi qui est passé au Sénat qui dépouillait le Ministère de la Défense de toute prérogative d’achat des armes. Cette prérogative ainsi que l’autorisation de port d’armes revenaient au seul Ministre BUNYONI de la Sécurité Publique ! Le sénateur RUGIRA Jean Marie n’a pas manqué ce jour-là d’ironiser et de poser la question de savoir si le Ministre BUNYONI n’allait pas être débordé par toutes ces prérogatives ! Pour RUGIRA ce transfert de compétence était inquiétant ! Il avait raison de s’exiler le sénateur RUGIRA Jean Marie. Aujourd’hui il serait sur la liste des hommes à abattre. Cette folie meurtrière qui tourne autour de ce dossier ne l’aurait pas épargné.

En tout état de cause cette folie meurtrière autour de ce dossier doit cesser par tous les moyens. Sinon l’histoire nous jugera très sévèrement ! Du reste Hilaire NDAYIZAMBA, Prosper Mérimée, RWASA Salvator n’ont pas quitté le haricot et le café pour embrasser le trafic d’armes ! C’est absurde ! Ils doivent être libérés ! Ils n’avaient aucune raison de tuer MANIRUMVA !

Le FRODEBU a déjà dans son plan d’action la mise en place d’un prix pour la bonne gouvernance dénommé « prix Ernest MANIRUMVA ». Et il devra être érigé en héros national de la Bonne Gouvernance. Mais cela ne suffit pas, honorable Léonce NGENDAKUMANA ! Arrêtez les coupables ! Interpellez le Gouvernement ! Prenez à témoin le peuple burundais, ce cartel ne peut pas continuer à régner sur le Burundi !

NDIMURUVUGO A.



Témoignage d’Alice Nzomukunda sur la vente illicite du Falcon 50, source Isanganiro-

Burundi news, le 04/03/2010

La vente illicite de l’avion présidentiel au Burundi : « Ca va se savoir ! ». L’ancienne deuxième Vice Présidente témoigne.


3-03-2010, source Isanganiro

Témoignage d'Alice Nzomukunda sur la vente illicite du Falcon 50, source Isanganiro- nzomuku-2La vente du jet présidentiel, le Falcon 50 a été émaillée des irrégularités comme le dit Mme Alice Nzomukunda, vice-présidente de la République d’alors. Selon cette ancienne numéro deux du gouvernement Burundais, le premier à avoir parlé de la vente de ce jet présidentiel est Hussein Radjabu, l’ancien l’homme fort du parti présidentiel, lors d’une conférence de presse. Elle affirme avoir appris, au chapitre des divers du conseil des ministres que l’avion pourrait se vendre, mais que cette vente devrait être discutée dans le Conseil des Ministres, ce qui n’a pas été le cas, selon Alice Nzomukunda. Elle ajoute que le centre de commandement était peut être ailleurs et non dans son cabinet car le Ministre des Finances, Dieudonné Ngowembona qui était du ressort de la vice présidence de la République qu’elle dirigeait à l’époque, ne suivait pas ses ordres. « Quand j’ai su que l’avion allait être vendu, j’ai ordonné au Ministre des finances de me donner tous les documents y relatifs, mais celui-ci a éteint son portable et est venu me voir la nuit sans document pour me dire que l’avion avait déjà été vendu », a dit Mme Nzomukunda.

Parlant des irrégularités autours de cette vente, Mme Nzomukunda parle que 4 éléments ont marqué cette vente. Le premier est l’appel d’offre qui a été local au lieu d’être international pour donner assez de chances à ceux qui peuvent être plus offrants. Le deuxième élément d’irrégularité est la langue dans laquelle était rédigée cet appel d’offre. Alice Nzomukunda trouve incompréhensible de faire un appel d’offre local en Anglais dans un pays ayant le français comme langue officielle. L’autre élément qui montre l’irrégularité, il n’ y a pas eu de commission pour étudier cette vente avant de passer à l’action. Un dernier élément qu’elle qualifie de plus catastrophique, consiste au fait que cet avion a été vendu au client le moins offrant à 3 millions de dollars, alors qu’il y avait un autre qui avait offert 5 millions de dollars. Ce client malheureux de la « Société Bombardier » aurait d’ailleurs conseillé à la vice présidente que la vente de l’avion serait une perte énorme pour le Burundi, car l’avion était de bonne qualité et en bon état, raison pour laquelle il avait offert un montant de 5 millions de dollars. Ce dernier aurait été lésé, et se serait confié à l’Olucome pour dénoncer cette injustice.

Sous sa pression, Mme Nzomukunda dit qu’une commission au sein du parti avait été nommée par le président du Cndd-fdd au pouvoir, Hussein Radjabu, et se composait de Dieudonné Ngowembona, Ministre des Finances de l’époque, Denise Sinankwa, Ministre du commerce d’alors, Karenga Ramadhani, Ministre de la Communication et Porte Parole du Gouvernement d’alors. Karenga Ramadhani était le secrétaire de cette commission nommée par El Hadj Hussein Radjabu, président du parti au pouvoir à l’époque et n’a jamais remis de compte rendu de la réunion de la commission. Ce compte rendu, selon Nzomukunda recommandait l’arrêt du processus de vente. Cependant, au lieu d’arrêter cette vente du jet présidentiel selon les clauses de cette commission, le processus de vente s’est accéléré et le Gouvernement a sorti un communiqué de presse affirmant que l’avion a été vendu. Selon Nzomukunda, le Gouvernement a perdu non seulement de l’argent sur la vente de l’avion présidentiel, mais aussi de la confiance de la part des donateurs comme la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International (FMI). Elle affirme que les institutions de Breton woods allaient octroyer une enveloppe de plus de 90 millions de dollars pour le programme de développement. Alice Nzomukunda se dit étonnée par le choix du Gouvernement d’accepter d’empocher 3 millions de dollars au lieu d’arrêter la vente illicite du jet présidentiel pour avoir les 90 millions de dollars de la part de ces institutions économiques mondiales.

Alice Nzomukunda révèle également que le pseudo putch de septembre 2006, comme elle l’appelle, était lié à la vente du Falcon 50. C’était un moyen, selon Nzomukunda du pouvoir de tourner l’attention sur la vente du jet présidentiel : « C’était une façon de faire oublié le peuple que l’avion avait été vendu, pour que l’attention des gens tourne vers autre chose », nous révèle Nzomukunda, qui dit aussi avoir refusé de faire une solidarité gouvernementale en refusant d’affirmer que la vente de l’avion était légale comme le demandaient certains membres du Gouvernement d’alors et a décidé de démissionner, car il était difficile de tenir devant une telle situation, nous révèle l’ancien responsable du secteur de l’économie au gouvernement de Pierre Nkurunziza.

Contacté par la rédaction de la Radio Isanganiro, Léonidas Hatungimana, porte-parole du président de la République, se réserve de tout commentaire. Il dit tout simplement que le dossier est au bureau de l’Assemblée Nationale. Pour rappel, la porte-parole de la chambre basse du parlement a confié aux journalistes au cours d’un point de presse, que le dossier sera analysé en séance plénière.



L’octroi des indemnités de fin de mandat : à qui cela profite ?

Par Pierre Claver NIYONKURU

Il est difficile d’attendre un véritable changement d’un politicien. Quand il est dans l’opposition, il promet tout pour accéder au pouvoir, une fois au pouvoir, la réalité devient toute autre. Tout ce qu’il croyait faisable devient difficile. Discutez avec vos amis, qui, hier, dans l’opposition nous promettaient monts et merveilles, aujourd’hui, à propos des promesses non tenues ou même de certains reculs par rapport à avant leur prise de pouvoir, ils vous diront biragoye ( c’est difficile).

En réalité, un politicien au pouvoir ne change jamais les choses, encore moins ce qui lui est favorable. Cela n’est d’ailleurs pas propre au Burundi ni à l’Afrique, c’est partout comme ça. Un dirigeant opère un changement uniquement lorsqu’il y est contraint par le peuple. A ce sujet, j’admire le peuple burundais parce qu’il a pris ses responsabilités. Nous avons dit non à l’Uprona et au Frodebu respectivement en 1993 et en 2005. Nous avons dit non au Major Pierre Buyoya, lui qui voulait ( j’ignore que ce n’est plus sa volonté) s’imposer comme le seul individu capable de diriger le Burundi. Je crois aussi que nous allons continuer à dire non à d’autres aventuriers.

Actuellement, le sujet à la une dans les salons des Burundais de la diaspora, c’est l’indignation causée par l’octroi des indemnités aux mandataires politiques en fin de mandat. Si cette mesure peut être politiquement ou même légalement défendable, elle demeure inopportune et illégitime.

Je suis loin de m’opposer au principe d’octroyer des indemnités à ceux qui ont géré les destinées du pays pendant un certain temps. Cependant, vu la situation économique du pays, la misère de la population et la récession que connaît le monde, il est inconcevable que des dirigeants responsables se permettent un tel luxe.

Ce qui est marrant, c’est la manière dont les députés, même les dures opposants du régime, sont tous d’accord quand vient le temps de s’octroyer des privilèges. Un jour du début de l’année 2009, je suivais une conférence d’un député burundais de l’opposition à Bruxelles, ce dernier affirmait qu’ils n’ont pas de problèmes à s’entendre quand il s’agissait de leurs avantages. Et d’ajouter que c’est l’une des rares choses sur lesquelles les députés s’entendent le plus. Curieusement, il était fier de nous le dire !

Ces indemnités vont paralyser davantage le système économique

On ne peut pas dire que nous avons un véritable système économique au Burundi. Chez nous, il est normal que quelqu’un qui gagne 100 dollars par mois paye un loyer de 200 dollars alors qu’il a une famille à faire vivre et que sa présence est quasi obligatoire dans le bar chaque soir. On ne sait pas d’où viennent ces revenus. Le major Buyoya appelait cela kwiyungunganya, se débrouiller, n’est ce pas le fameux article 15 de Mobutu. Après tout, la chèvre broute là où elle est attachée…. En 2005, obsédé par l’idée de changement dans notre patrie, je croyais que l’avènement des nouveaux décideurs va changer les choses. Je fondais mon espoir sur le passé et l’idéologie des nouveaux maîtres de Bujumbura. Hélas, comme aime me le répéter un ami, il est difficile de changer quelque chose qui s’appelle système. Quand tu viens d’y arriver, tu es confronté à des nouvelles réalités et il te revient de t’aligner, si tu ne veux pas y laisser ta peau ou alors de foutre le camp. Chez nous, on opte souvent pour l’alignement et de manger comme l’ont fait nos prédécesseurs.

Deux économies cohabitent de nos jours : une économie formelle dans laquelle l’État fait semblant de payer ses fonctionnaires et eux font semblant de travailler. Rares sont les fonctionnaires qui peuvent prétendre joindre les deux bouts du mois grâce à leur salaire, du moins leur salaire officiel. L’autre économie est celle au sein de laquelle tout se passe. Chacun essaye de maximiser parce qu’on ne sait pas ce qui se passera demain ( traffic d’influence, corruption à outrance, malversations économiques, missions et dépenses fictives, … ). Je reconnais toutefois qu’il y a des fonctionnaires honnêtes qui se débrouillent par exemple en construisant un petit kiosque à côté de leur maison pour pouvoir joindre les deux bouts du mois. Cette catégorie n’a pas une large marge de manœuvre, généralement c’est ceux qui n’ont pas accès à la caisse. Même quand ils font une grève pour chercher à améliorer leur situation, ils risquent la prison ou tout est mis en œuvre pour arrêter leur mouvement.

Les indemnités de fin de mandat améliorera uniquement la situation de nos excellences et honorables. Pour bien comprendre l’arrogance de nos députés, faîtes l’erreur d’appeler un députer par son nom, celui qu’il porte depuis sa naissance, sans ajouter le titre honorable, vous verrez comment il va vous foudroyer. Bientôt, ils vont revendiquer qu’on les appelle vénérable. Mon but n’est pas de leur enlever l’honneur que leur a fait le peuple en votant pour eux, mais ce titre devrait les rendre encore plus humbles, il devrait faire qu’ils servent au lieu de se servir. Eux qui gagnent déjà des gros salaires, qui abusent du système et qui s’enrichissent au dos du contribuable, le même contribuable doit les remercier à la fin de leur mandat. Je souligne en passant que ces personnes que le peuple doit remercier n’ont pas nécessairement rendu un bon service au pays.

Ces indemnités vont accroître l’écart entre les riches et les pauvres. Je crois que l’un des éléments fondamentaux de l’économie du pays est la circulation de la monnaie. Les politiciens, d’où qu’ils viennent, pourront nous faire rêver, mais aussi longtemps que la monnaie se trouve entre les mains d’un groupe d’individus, l’économie du pays ne va jamais décoller. Et malheureusement, tous les régimes qui se sont succédés à Bujumbura ont échoué à changer cette donne, l’argent est resté dans les mains d’un petit groupe d’individus. La seule chose qui a été faite est de changer les acteurs, jamais les scénarios.

En octroyant ces indemnités, on augmente les revenus des mêmes riches et l’économie du pays va en souffrir davantage.

A cause de ces indemnités, plus d’amour pour la politique

La seule façon de s’enrichir au Burundi est de faire la politique, c’est le cas pratiquement dans tous les pays africains. Apres une longue observation, on s’enrôle dans une formation politique, celle au pouvoir ou qui a des fortes chances de remporter les prochaines élections et ainsi on peut espérer la nomination à un poste et bénéficier les privilèges qui vont avec le poste. Quelqu’un me disait qu’il y avait moyen de bien gagner sa vie en faisait du business. Le problème est que même les hommes d’affaires sont, de près ou de loin des politiciens. En effet, le seul client sérieux au Burundi c’est l’État et quand tu n’es pas membre du parti au pouvoir ou tout au moins son sympathisant, tu n’as pas de marchés. Ainsi, les hommes d’affaires au Burundi passent leur temps à effectuer des sondages pour savoir vers où va souffler le vent. Ne connaissez-vous pas des hommes d’affaires qui sont passés de l’Uprona au CNDD-FDD en passant par le Frodebu. Et bientôt, on ne sait pas dans quel parti ils vont prendre leur carte de membre. J’en connais qui, pour simplifier les choses, cotisent partout et quelque soit le gagnant c’est business as usual.

Je connais beaucoup de professionnels qui ont servi leur pays pendant toute leur vie et qui continuent à vivre leur vie de misère. Et allez voir, les maisons que construisent les détenteurs des postes politiques depuis quelques années, moins de cinq. Le style de vie qu’ils mènent,…. Les indemnités que le Parlement vient d’offrir aux dirigeants vont contraindre tout le monde à chercher une carrière politique. Les autres postes seront occupés en attendant une opportunité politique. Nous risquons d’avoir, c’est déjà le cas d’ailleurs, un pays où tout le monde est pseudo-politicien. Combien de diplômés en médecine, en enseignement ou dans un autre domaine professionnel voudraient passer toute leur vie en faisant le métier pour lequel ils sont formés ? Très peu, s’il y en a ! Pourquoi ? Parce qu’il est difficile de bien gagner sa vie sans faire la politique.

En fait, avec les 2 millions de dollars que nous allons octroyer au président en fin de mandat, nous allons avoir des batailles encore plus farouches pour occuper le fauteuil présidentiel. Imaginez-vous qu’il suffira de faire un seul mandant pour devenir millionnaire en dollars, wow !

Au Canada, un pays riche il faut le souligner, il y a des premiers ministres, l’équivalent d’un président dans notre système, qui ne sont pas millionnaires en dollars alors qu’ils ont occupé ce poste pendant 10 ans. Donc, le poste de président va être une garantie pour devenir millionnaire en dollars. En plus de toutes les sommes d’argent qu’un président va accumuler pendant son régime et d’être sénateur à vie, bénéficier de 2 millions de dollars…voilà qui va augmenter le nombre d’aventuriers qui veulent à tout prix devenir chef d’ État. Comprenez-moi bien, je ne voudrais pas que les ex présidents burundais soient pauvres après leur fonction, mais qu’un pays aussi pauvre que le Burundi accorde 2 millions de dollars à un ancien chef d’État est une aberration est une moquerie à la misère de notre population.

De plus en plus de Burundais croient que la politique est l’art de mentir, que tout le monde entre en politique pour s’enrichir. En tant que politologue, je crois qu’il y a toujours moyen de faire une politique saine et de se mettre au service de son pays en tant que politicien. Pierre Nkurunziza, notre actuel président, lorsqu’il était ministre de la bonne gouvernance avait crié haut et fort que ce genre d’indemnités constitue une dilapidation des biens publics et il s’y opposait farouchement. Il a attiré la confiance d’une grande partie de la population burundaise. Je crois que rarement dans l’histoire du Burundi post-coloniale, un dirigeant a eu au tant de popularité que Nkurunziza et son parti à la sortie du maquis. Aujourd’hui, qu’en est-il excellence monsieur le président ? Depuis 2005, y-a-il eu des changements importants dans l’économie du pays qu’on peut se permettre ce luxe ? Voilà la différence entre un politicien à l’opposition et celui au pouvoir, c’est le jour et la nuit !

Toutefois, parlant de ces indemnités, il revient aux dirigeants actuels d’être des bons gestionnaires et d’arrêter de se tailler toujours la part du lion quand la misère fait rage dans ce pays de Mwezi Gisabo. Chez nous, on a toujours en 2009 des individus, des responsables de famille, qui ont de la peine à avoir 1000 Fr. Bu., un dollars, et nos élus se partagent des milliards. En fait, tout dépendra de ce que veut le président et son entourage, s’ils veulent passer dans l’histoire comme des dirigeants qui ont soutenu le pillage du pays, ils en ont l’opportunité. Et s’ils veulent que l’histoire se souvienne d’eux comme des dirigeants qui ont protégé les biens publics , tout au moins en s’opposant à ces indemnités, ils en ont également l’opportunité. Dans tous les cas, personne n’arrêtera le verdict de l’histoire.

L’expérience m’aura appris que l’on ne peut pas faire une politique saine sans d’abord et avant tout penser à l’économie. Je me rappelle qu’à la faculté, les économistes et les politologues se disputaient la première place : les économistes défendaient que c’est l’économie qui est à la base de la politique, alors que les politologues étaient convaincus que c’est la politique qui donne les lignes directrices à l’économie. Même si je crois que la politique est le master de la vie en société, je demeure convaincu qu’un politicien doit, dans un premier temps, penser économie. Donc, au lieu d’enrichir ceux qui le sont déjà, notre pays devrait penser à investir ce magot dans des projets de microcrédits afin que la machine économique tourne. C’est ainsi que le peuple se dira qu’il y a eu un léger mieux entre les gestion d’hier et celle d’aujourd’hui.



274 jours après l’assasinat d’Ernest MANIRUMVA

Mot liminaire de la conférence de presse animée par les organisations de la société civile le 09 janvier 2010

Mesdames, Messieurs les journalistes ; Mesdames, Messieurs les représentants de la société civile ; Mesdames, Messieurs les représentants des institutions de défense des droits de l’homme ; Distingués invités ;

Avant de débuter cette conférence de presse, permettez-nous de marquer une minute de silence en mémoire du regretté Ernest MANIRUMVA, victime d’un assassinat dont les conditions n’ont toujours pas été éclaircies.


274 jours viennent de s’écouler après l’assassinat ignoble d’Ernest MANIRUMVA, 274 jours de douleur et d’interrogation pour la grande famille de la Société civile, 274 jours en quête de la justice et de la vérité pour Ernest MANIRUMVA.

Nous ne cesserons jamais de le rappeler, Ernest MANIRUMVA, Vice-président de l’OLUCOME, a été sauvagement assassiné dans la nuit du 8 au 9 avril 2009. Depuis, plus de 350 organisations de la société civile se sont mobilisées pour dénoncer cet acte barbare et demander qu’une enquête libre et indépendante soit rapidement ouverte afin de faire la lumière sur ce crime et que ses auteurs soient traduits en justice. Devant l’absence d’avancée significative, nous avons lancé le 9 juillet une campagne intitulée « Justice pour Ernest MANIRUMVA » pour bien marquer notre détermination à rester mobilisés aussi longtemps que l’enquête n’aura pas abouti. 274 jours après la disparition d’Ernest MANIRUMVA, les raisons de notre mobilisation restent inchangées.

La troisième commission d’enquête mise en place au début du mois d’octobre nous semble plus déterminée que les deux premières. Nous l’encourageons à forcer son allure, à explorer toutes les pistes et à ne céder à aucune sorte de pression, d’où qu’elle puisse venir. Nous lui garantissons notre entière disposition à la collaboration et lui demandons de respecter l’engagement pris de terminer son enquête et sortir son rapport dans les deux mois.

Il y a trois mois, nous avions souligné que notre mobilisation afin d’obtenir Justice pour Ernest va bien au-delà du seul cas de notre regretté compagnon. Nous portons toujours le deuil de chacune des victimes de la violence dans ce pays, victimes d’hier et victimes d’aujourd’hui dont les bourreaux n’ont jamais été identifiés et dont les familles pleurent toujours dans la nuit du silence et de l’impunité.

Nous avions exprimé à la même occasion notre inquiétude quant à l’avenir de la société civile et de la démocratie, fondant notre préoccupation sur un certain nombre de réunions de nos organisations qui venaient d’être interdites dans différentes localités du pays. La suite nous a malheureusement donné raison : plus les jours avancent vers les élections, plus se manifeste et se renforce une volonté politique de faire taire les organisations citoyennes.

Hier, Ernest MANIRUMVA est probablement mort parce qu’il connaissait des vérités qui dérangent, il se battait pour que la société burundaise se construise autour de valeurs d’intégrité et de justice sociale. Aujourd’hui, ses compagnons de lutte et les organisations au sein desquelles il militait font face à des menaces persistantes en se battant pour les mêmes valeurs. Sous des prétextes fort illégaux, nombre d’organisations de la société civile sont à tour de rôle pointées, convoquées, déstabilisées et stigmatisées tandisqu’une pluie d’intimidations tombent sur leurs responsables. Toute une stratégie de déstabilisation a été pensée : tantôt on personnalise les organisations, tantôt l’autorité de tutelle se substitue aux organes des organisations quand elle ne décide pas purement et simplement de refuser la liberté constitutionnelle d’association, décidant qui peut s’associer avec qui. Tantôt encore, on assimile la société civile à l’opposition politique quand on ne l’accuse pas de renfermer des traitres manipulés par des puissances étrangères.

Notre vocation, en tant qu’organisations de la société civile, est de promouvoir les conditions d’un dialogue apaisé entre nos concitoyens, et entre les citoyens et les dirigeants de ce pays. Nos organisations n’exercent rien d’autre que des droits reconnus à chacun des citoyens de ce pays : la liberté d’expression, la liberté d’association, le droit de réunion, le droit de demander des comptes à ceux qui se sont vus confier la responsabilité de gérer les affaires de tous. Elles n’ont rien à voir avec l’opposition politique qui, elle, est à la conquête du pouvoir tandis que nos organisations garderont le même œil vigilant même quand cette opposition aura gagné ce pouvoir. Et si nous recourons à des financements étrangers, c’est d’une part parce que le budget national ne prévoie pas de fonds pour des organisations citoyennes, mais d’autre part parce que même notre gouvernement y recourt sans qu’il devienne pour autant un traitre à la nation.

C’est aussi une évolution grave quand compte tenu du contexte crucial dans lequel nous nous trouvons. Alors que nous approchons d’une période électorale durant laquelle un débat public libre, ouvert doit se dérouler, cette volonté de réduire au silence les organisations de la société civile ne laisse rien présager de bon. Ceux qui seraient tentés de faire taire les voix discordantes doivent en mesurer les conséquences. Un débat tronqué ne peut que nuire à la sincérité des élections et à la légitimité des élus.

Les organisations de la société civile s’apprêtent à jouer un rôle important dans le processus électoral qui s’annonce. De façon classique, elles vont observer toutes les étapes du processus. Mais au-delà du simple monitoring, elles vont contribuer, aux côtés des media à animer le débat électoral. Sur chacun des secteurs de la vie sociale dans laquelle elles sont engagées, les organisations de la société civile peuvent exprimer les besoins de la population, formuler des propositions, interroger les acteurs politiques qui postulent à l’exercice du pouvoir sur leurs projets de société, sur leurs propositions. Le rôle de la société civile est donc irremplaçable et indispensable dans la vie démocratique du Burundi. Mais il ne peut mieux s’exercer que dans un climat de sérénité. Aujourd’hui nous en avons besoin lus que jamais.

A trois mois du premier anniversaire de l’assassinat d’Ernest MANIRUMVA, le meilleur souvenir que nous pouvons lui dédier est de poursuivre son combat pour un Etat de droit, pour une bonne gouvernance et pour la démocratie. Mais aussi poursuivre notre inlassable mobilisation jusqu’au jour où la vérité sur son assassinat éclatera.

Je vous remercie

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La vérité sur la mort de Salvator Nsabiriho

Source: Iwacu, 18/12/2009

 

Le 13 octobre, la garde du gouverneur de Kayanza a battu Salvator Nsabiriho, un citoyen de la province. Sérieusement atteint, il mourra 23 jours plus tard. Mais qu’est-ce qui s’est vraiment passé ce jour-là à Kayanza ? Iwacu retrace la chronologie des faits.

Une enquête signée Dieudonné Hakizimana

& Olivier Bizimana

La vérité sur la mort de Salvator Nsabiriho nsabiriho
Salvator Nsabiriho, citoyen de
la province de Kayanza

Kayanza, mardi le 13 octobre à 7h00
Feu Nsabiriho se réveille et se prépare pour aller à la messe.

7h 34 minutes Feu Nsabiriho assiste à la messe à la paroisse de Ruganza.

9h 15 minutes
Salvator Nsabiriho rentre chez lui.

9 heures 30 minutes
Feu Nsabiriho reçoit un coup de fil du gouverneur de Kayanza. Monsieur Senel Nduwimana lui demande de se présenter immédiatement à son cabinet. Nsabiriho s’exécute et se met en route.

9 h 50 minutes
Feu Nsabiriho est dans le cabinet du gouverneur. A ce jour, personne ne sait ce qui s’est passé à l’intérieur. Ils étaient à deux. Iwacu a essayé à maintes reprises d’avoir la version du gouverneur en vain. Néanmoins, dans la lettre écrite au procureur général de la République avant de mourir, Salvator Nsabiriho raconte que « le gouverneur lui a exigé d’exhiber le titre de propriété de la parcelle où il est en train de construire une maison. » Nsabiriho, comme il l’écrit dans sa lettre, lui a montré tous les papiers. Le gouverneur lui a demandé de payer une somme d’argent sans aucune justification. Nsabiriho a répondu qu’il n’en avait pas. Toujours d’après le seul document que nous avons sur cet entretien, la lettre de Nsabiriho, le gouverneur a tiré un pistolet de son tiroir. Nsabiriho s’est enfui à toute vitesse.

10h 23 minutes
M.D, un habitant de Kayanza témoigne : « Nsabiriho est sorti du bureau du gouverneur en courant. Senel Nduwimana était derrière lui. » Arrivé devant les escaliers du bâtiment provincial, le gouverneur a intimé l’ordre à ses trois policiers d’arrêter Nsabiriho et de le battre. Ces policiers sont Delvenis Miburo, Nestor Nigaba et Pierre Nzokirantevye.

10h 50 minutes
K.H de Kayanza témoigne : « La garde du gouverneur s’est mise à tabasser la victime sous les yeux de Senel Nduwimana. Quatre témoins de la scène confirment : « Nous étions là. Salvator Nsabiriho recevait des coups partout : Coups de bottes, coups de cross et de ceinturons. » R.C était près du lieu dit « monument de l’Unité », près des bureaux provinciaux : « J’ai pris mon véhicule pour voir ce qui se passait. J’ai constaté que c’était Nsabiriho, tout de blanc vêtu, suant, ses habits sales. Quelqu’un lui a apporté un verre de lait qu’il n’est pas parvenu à boire. Il n’arrivait même pas à parler », explique-t-il.

Vers 11 heures
Le gouverneur laisse la victime et se rend au monument de l’unité pour prononcer le discours du 48ème anniversaire de l’assassinat du prince Louis Rwagasore. Sa garde reste à la province avec Nsabiriho.

12h 45 minutes
Fin des cérémonies au monument de l’unité. Le gouverneur retourne au bureau provincial. Il y trouve Nsabiriho toujours assis sur les escaliers qui mènent à son bureau. Les trois policiers le gardent. Un attroupement s’est formé entretemps.

12h 48 minutes
Senel Nduwimana demande à Salvator Nsabiriho d’entrer de nouveau dans son cabinet. Celui-ci obéit. Encore une fois, ils sont à deux.

Vers 12h 53 minutes
Nsabiriho sort de nouveau en courant. Des témoins racontent : « Comme il était déjà affaibli, il n’a pas dépassé les escaliers et s’est assis devant la maison provinciale.

Vers 13 heures
Le gouverneur oblige Nsabiriho d’entrer encore une fois dans son bureau mais cette fois il refuse. Il estime que sa sécurité est en danger.

De 13 h à 14h30 minutes
Se tient, dans le cabinet, une réunion des chefs de services avec le gouverneur. Nsabiriho est toujours assis devant la maison provinciale. La foule venue du monument de l’unité à Kayanza l’entoure.

Vers 15h00
Le commissaire provincial de police et le chef du service national des renseignements à Kayanza entrent dans le cabinet du gouverneur. A ce moment, Nsabiriho estime que le gouverneur ne lui fera pas de mal en présence des deux personnalités. Il veut entrer mais Senel Nduwimana lui demande d’attendre dehors.

15h 45 minutes
Salvator Nsabiriho téléphone à une parenté à Bujumbura et lui dit : « Le gouverneur vient de m’infliger des coups de bâtons. » La personne au bout du fil croyait impossible qu’un gouverneur puisse battre un simple citoyen. Il lui demande pourquoi. Salvator Nsabiriho lui répond : « Dupfa itongo. » (Nous avons un conflit foncier) L’autre lui conseille d’aller à l’hôpital pour qu’on lui donne des calmants. Le gouverneur envoie Constantin Cimpaye, son conseiller socioculturel, dire à Salvator Nsabiriho qu’il peut rentrer chez lui pour revenir mercredi le 14 octobre à 8 heures. Comment est-il rentré ? Gloriose Ndereyimana, veuve de Nsabiriho raconte : « C’est un ami à nous qui l’a déplacé dans sa voiture car il ne pouvait plus marcher. », D’après cette enseignante en 6ème année à l’école primaire Ruganza I, la santé de son époux s’est détériorée car il ne mangeait plus.

Gloriose Ndereyimana, veuve de Nsabiriho : « Nous l’avons conduit dans la morgue avant de l’évacuer à Kayanza »

Le 14 octobre, le matin
Salvator Nsabiriho devait comparaître chez le gouverneur. Il téléphone encore à Bujumbura à l’un des proches de sa famille : « Je devais comparaître chez le gouverneur mais je ne m’y suis pas rendu. J’ai peur d’être encore battu. Je vais plutôt porter plainte. Comment est-ce qu’on fait ? » Ce dernier lui explique que pour le cas d’un gouverneur, il comparaît devant le Procureur Général de la République. Nsabiriho se rend à Bujumbura.

A 16 h00
Salvator Nsabiriho arrive à Bujumbura pour porter plainte devant le Procureur Général. Il dépose sa plainte le lendemain, puis remonte sur Kayanza. Mais il ne cesse de sentir des douleurs insupportables.

Dimanche, 18 octobre à 10 h 00
La famille décide de transporter Nsabiriho à l’hôpital de Kayanza : « C’est l’abbé Anselme Nicintijije, curé de la paroisse Ruganza, qui l’a transporté dans son véhicule jusqu’à l’hôpital », se souvient N.D, un voisin de la famille Nsabiriho.

Vers 10h12 minutes
Nsabiriho arrive à l’hôpital de Kayanza. Il est admis dans le service chirurgie, salle A, chambre numéro 1. D’après sa fiche d’hospitalisation portant le numéro 1000/09, dont IWACU a pu se procurer une copie, Nsabiriho avait « la diarrhée, des vomissements, des céphalées (maux de tête), une anorexie et des douleurs généralisées suite aux traumatismes par coups de bâtons reçus mercredi, 13octobre 2009. » Les examens prouvent que la température s’élevait à 35,5°c et la tension artérielle était de 7/5 (faible). Selon cette même fiche, on recommandait de surveiller cette tension artérielle. Curieusement, sur le « diagnostic entrée », le médecin écrit qu’il s’agit d’une suspicion d’une « toxi-infection alimentaire. »

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Nsabiriho est arrivé à l’hôpital Prince Régent Charles les reins déjà bouchés

Le 21 octobre, 16 h
Salvator Nsabiriho est transféré à Bujumbura. Il est dans une ambulance de l’hôpital de Kayanza. L’ambulance arrive à l’hôpital Militaire de Kamenge. On leur dit qu’il n’y a pas de lit ni de chambre. Pourtant, Nsabiriho est un militaire démobilisé. L’ambulance continue à l’hôpital Prince Régent Charles. Pas de place. Arrivé à la Polyclinique centrale, c’est plein également.

18 h00
Nsabiriho arrive à l’hôpital privé la « Miséricorde », il est reçu. Mais c’est un hôpital pour gynécologie. Salvator Nsabiriho est accompagné de sa femme, de deux autres dames et d’un garde malade. Il circule sur une chaise roulante. Il est aussitôt admis dans les urgences. On lui transfuse deux sérums « pour le réhydrater. » Après quelques heures, le diagnostic des examens tombe. Salvator Nsabiriho souffre d’une faiblesse généralisée et d’une goutte chronique. Le patient s’efforce de manger, mais vomit tout aussitôt.

Le 22 octobre
N’étant pas capable de supporter les factures de cette institution privée, la femme de Salvator Nsabiriho va demander des bons de soins au ministère de la Défense.

Le 23 octobre
Le ministère de la Défense ne peut pas accorder des bons de soins pour un hôpital privé. En plus, La « Miséricorde » est une maternité. Du coup, la famille de Nsabiriho, présente sur les lieux, se réunit. Elle trouve que les frais seront chers et décide l’évacuation. Mais vers où ? Le docteur Gervais Ninteretse leur donne un billet pour un transfert chez le Docteur Sophonie. Mais encore la famille juge la note élevée d’autant plus que même le ministère de la Défense ne veut pas payer. Les membres de la famille circulent dans tous les hôpitaux de la capitale mais sans trop de résultat.

Le 23 octobre, 9 h 00
Enfin ils trouvent une place à l’hôpital Prince Régent Charles. Il est accueilli dans la chambre 3 Pavillon 3, dans l’ancienne pédiatrie. Un médecin stagiaire lui fait des examens, mais les résultats sont tenus secrets. Salvator Nsabiriho vomit de plus en plus. Tout ce qu’il avale est directement rejeté. Même le « primpéran » (médicament fort pour arrêter les vomissements) n’a aucun effet. Il commence à vomir du sang. Le médecin Joseph Nzojiyobiri (médecine interne) passe dans la chambre de Nsabiriho pour une visite. Après avoir analysé les symptômes du malade, il diagnostique un problème de reins. D’après N.P, un proche de la famille, les médecins leur ont expliqué que les « reins étaient bloqués suite aux coups reçus, d’où ces vomissements. »

Le 03 novembre
Un nouveau diagnostic tombe : Salvator Nsabiriho a la malaria. « Comme le malheur ne vient jamais seul, il a attrapé de la malaria à Bujumbura », affirme la famille. Le médecin injecte de la quinine dans le sérum suspendu au dessus du malade. Mais les reins de Nsabiriho sont complètement abîmés. Il ne peut rien avaler, ni évacuer : « On lui a donné une limonade, peut être le dernier, mais il n’a rien digéré. Le ventre était déjà gonflé », confie une parenté, à son chevet.

Dans la nuit du 04 au 05 novembre, 2 h du matin
Salvator Nsabiriho rend l’âme. Il est conduit, la même nuit, dans la morgue de l’hôpital Prince Régent Charles avant d’être évacué à Kayanza. Rappelons que les bons de soins ont finalement été supportés par l’Etat Major de la FDN, l’Association de lutte contre la torture « ACAT », ainsi que la famille du défunt.

Samedi 07 novembre à 10h30 minutes
Les membres de la famille récupèrent le cadavre. Ils arrivent à Kayanza deux heures plus tard et se dirigent immédiatement au camp Kayanza où se déroule la messe de requiem. C’est l’aumônier militaire, abbé Albin Mananzigamira qui célèbre la messe. Elle dure 1h30.

TombeNsabiriho 14h00
Tous ceux qui assistaient à la messe se dirigent vers le cimetière de Kamurango sur la colline Cukiro pour procéder à l’enterrement. Salvator Nsabiriho était natif de la commune Gashoho en province Muyinga. Il habitait Kayanza depuis 1986. C’était un retraité de la force de défense nationale. Il a formé le gouverneur de Kayanza dans le Service Militaire Obligatoire (SMO). Nsabiriho était le chef du quartier Gisoro, de la ville de Kayanza. Il laisse une femme et sept enfants. L’aîné est en 8ème tandis que le cadet a une année seulement.
 



LES COMMANDITAIRES ET ASSASSINS D’ERNEST MANIRUMVA

Source : Burundi News

EXCLUSIF : LES COMMANDITAIRES ET ASSASSINS D’ERNEST MANIRUMVA

Par Gratien Rukindikiza

Burundi news, le 12/12/2009

LES COMMANDITAIRES ET ASSASSINS D’ERNEST MANIRUMVA Manirumva-2Depuis plusieurs mois, l’assassinant d’Ernest Manirumva hante le pouvoir burundais. La société civile a été frappée durement avec cet assassinat et n’entend pas se laisser intimider. Elle a mené ses enquêtes et votre serviteur, le site Burundi News, n’a pas abandonné le combat de la vérité. Les lecteurs savent que Burundi News avait déjà révélé l’existence des réseaux de soutiens du FDLR au niveau du pouvoir burundais en citant même des noms. Deux mois après, les experts des Nations Unies sortaient le rapport sur la même question. Burundi News est convaincu que le Président Nkurunziza a raison quand il dit à ses collaborateurs que Burundi News ne raconte pas n’importe quoi et que, au contraire, il faut suivre les révélations du site.

Qui sont les commanditaires directs de l’assassinat d’Ernest Manirumva ?

En tête se trouve le directeur de la Documentation intérieure, nommé Léonard. C’est lui qui cordonnait les actions des policiers. Léonard a demandé un service au commerçant Hilaire Ndayizamba, qui travaille beaucoup avec le pouvoir et connu surtout dans les malversations concernant les haricots de la Police. Ce service était de se renseigner pour savoir où se trouvait Ernest Manirumva le soir de la nuit fatidique.

Le directeur général adjoint de la Police Gervais Ndirakobuca, alias Ndakugarika, a aussi participé dans l’organisation et le suivi de l’assassinat d’Ernest Manirumva. C’est lui qui donnait des ordres à son subalterne, le commandant de la 1 ère région de la Police, Nikiza David, qui a été limogé de son poste.

Le commandant de la 1 ère région de la Police en ce moment, Nikiza David, a participé activement dans cet assassinat. C’est lui qui a demandé à la douane un véhicule supplémentaire pour la circonstance. Il est resté en communication avec les Motorola de la Police pour donner des instructions et recevoir des informations sur le déroulement. Il donnait directement des ordres aux policiers Jean Claude Ciza et Obède Ndikuriyo.

Ces communications étaient entendues par d’autres policiers et même d’autres gens ayant affiché la même fréquence. Les voici :

1ère communication :

Le policier Ciza à Nikiza David :  » Wawundi aratashe »(L’autre vient de rentrer).

Nikiza qui avait déjà oublié la mission, réplique : « Ni nde uyo wawundi » (C’est qui celui-là).

Ciza répond : « Ni Ernest Manirumva ».

2 è message après un bon moment,

Ciza sur le Motorola toujours : « Wawundi yapfuye » (L’autre est mort). La réponse est que c’est bon.

Le directeur de la douane a prêté son véhicule de cortège et un agent de sa sécurité pour cette mission. Etait-il au courant ? Sans aucun doute car il n’a pas prêté le véhicule et son agent sans connaître la mission. A noter qu’il est le chef des jeunes du CNDD-FDD qui s’illustrent dans la violence verbale et demain physique. Un officier supérieur de la sécurité présidentielle a aussi participé à l’organisation cet assassinat.

Le rôle du commerçant Hilaire Ndayizamba

Hilaire Ndayizamba est en prison pour cette affaire d’assassinat. Il clame son innocence et dit tout simplement qu’il a téléphoné à Ernest Manirumva au cours de cette nuit. Notons que Ndayizamba a téléphoné à Manirumva sur demande du directeur de la Documentation intérieure pour aider la filature de Manirumva.

Burundi News donne les détails de la conversation :

Ndayizamba : « Allo, Ernest, uri hehe nkaza tugasangira kimwe » (Allo, Ernest, Tu es où pour que je vienne partager un verre avec toi ?)

Ernest : « Ndi ngaha kwa juge rouge » (Je suis ici dans le bar de Juge rouge)

Après plusieurs dizaines de minutes, Ndayizamba encore : « Sinkije, vyangoye, nagomba kuza mugabo sinza » (Finalement, il m’est difficile de venir).

Ndayizamba lui a demandé aussi où se trouve son domicile et Manirumva a donné son adresse sans problème. La question qui se pose, est-ce que Ndayizamba était au courant de cet assassinat ? Est-ce qu’un ancien sous officier de l’armée pouvait ignorer le sens de sa mission reçue de la Documentation ? Il lui sera difficile de prouver le contraire.

Les exécutants

Nous ne citerons que les policiers déjà arrêtés pour éviter l’assassinat de ceux qui ne sont pas arrêtés. Il s’agit de Jean Claude Ciza, Obède Ndikuriyo, Rugerinyange, Bigirimana et Albert Sibomana, agent de sécurité du directeur de la douane. D’autres ne sont pas encore arrêtés et Sesé qui est au Canada est sous interrogatoire de la police canadienne.

Les commanditaires indirects

L’action a été coordonnée par la Documentation et la Police. De ce fait, les généraux Bunyoni et Adolphe Nshimirimana étaient les planificateurs principaux. Ils auraient suivi de loin l’action. La participation d’un officier de la sécurité présidentielle permet de penser que le Président Nkurunziza était au courant aussi. Le lecteur doit savoir que le Président ne donne jamais des ordres écrits ou au téléphone pour ce genre d’actions. L’ordre est verbal et ne doit pas laisser des traces.

Derrière chaque crime, il y a un mobile

La décision d’assassiner Ernest Manirumva a été prise quand les services de renseignement ont donné un rapport au Président Nkurunziza concernant les dossiers que Manirumva s’apprêtait à publier. Les enquêtes continuaient mais les dossiers étaient presque complets. Ces dossiers impliquaient directement certains généraux et le Président Nkurunziza.

* Armes détournées : Il avait reçu des informations fiables de la part d’un haut du CNDD-FDD sur les dizaines d’armes débarquées à Bujumbura et qui ne sont ni à la Police, ni à l’Armée. Ces armes peuvent avoir pris le chemin du Kivu chez les FDLR ou distribuées aux jeunes du CNDD-FDD pour perturber les élections. ;

* Les avocats du Président Nkurunziza : Derrière ces avocatiers que le Président plante, il y a de gros sous. Un avocatier planté rapporte au Président 2 700 francs bu. En effet, les services du Président achètent un avocatier à 300 francs bu et rentrent en comptabilité publique un montant de 3 000 frs Bu. Le surplus rentre dans les poches du chef. Manirumva était sur ce dossier explosif.

* Liste fictive de la Police : La police paie des policiers fictifs, qui n’ont jamais mis les pieds à la Police. En réalité, cet argent détourné rentrait dans les poches des chefs de la Police, surtout le ministre de la sécurité publique.

Ce sont ces trois dossiers que le pouvoir voulait éviter à tout prix la publication.

La gestion de cet assassinat

Il faut noter que cet assassinat de Manirumva a entraîné un autre assassinat. Il s’agit du capitaine Ndikuriyo, de la sécurité présidentielle, qui a été assassiné parce qu’il a refusé de participer à cet assassinat de Manirumva. Il a été éliminé par le pouvoir car il était déjà au courant de cet assassinat. Il est mort en héros avec des mains propres. Son frère député du CNDD-FDD a bien compris que c’est le pouvoir qui l’a assassiné. Il a refusé de faire des enquêtes, ni vu, ni connu !

Le pouvoir avait mis en place une commission judiciaire qui n’a rien fait car elle était téléguidée par le même pouvoir du CNDD-FDD. Une 3 è commission a pris les choses en main grâce à la pression internationale et de la société civile qui a mené des enquêtes de son côté et qui ont poussé cette commission à faire correctement son travail.

Aujourd’hui, le pouvoir, surtout la Présidence, les services de renseignement et la Police ont décidé de sacrifier Nikiza David pour protéger les chefs. Il a tenté de fuir le pays mais un général lui a demandé de rester et qu’il sera protégé. Les jours passent et le temps rattrape les auteurs de ce crime. Il ne faudra pas sacrifier seulement David Nikiza mais aussi le directeur général adjoint de la police, le directeur de la Documentation intérieure, pourquoi pas Bunyoni et Adolphe.

Le CNDD-FDD est démuni face aux scandales actuels. Il va falloir gérer le rapport sur le Congo, l’assassinat de Manirumva etc….Les forces manquent et plusieurs militants se découragent et ne veulent plus suivre des assassins pour les maintenir au pouvoir.

Les assassins de Manirumva devront retrouver leurs places dans la prison de Mpimba. Tôt ou tard, ils finiront par être jugés.



« Ma mort ne résoudra rien »

Source : Iwacu, 24/11/2009

Écrit par Antoine Kaburahe

Pacifique Ninihazwe est menacé de mort après son discours à Kayanza. Pourtant, il avait seulement demandé justice après la mort d’un citoyen de cette province.

« Ma mort ne résoudra rien » Pacifique_NININAHAZWE-3« Je n’ai pas peur ». Il parle avec un calme et une détermination qui tranchent avec sa jeunesse. On sent très vite qu’il est de la trempe des courageux. Pourtant, il détient des informations précises sur les préparatifs de son élimination par les services de la Documentation nationale. En effet, une fuite dans le service a permis à Pacifique Ninihazwe de connaître le macabre projet. Il ne veut pas en dire plus pour protéger sa source et on le comprend.

Tout part de son discours aux funérailles de Salvator Nsabiriho, mort des suites des coups reçus de la garde policière du gouverneur de Kayanza. De ce qu’il a dit, il ne regrette et ne retire rien : « j’ai demandé que justice soit faite pour ce citoyen, j’ai demandé que le président prenne ses responsabilités, car un gouverneur c’est son représentant dans la province. » Par ailleurs, rappelle avec beaucoup de modestie le jeune militant, à Kayanza il n’était que « le porte-parole de la société civile. »

En effet, Pacifique Ninihazwe est le délégué du FORSC (Le Forum pour le Renforcement de la Société Civile). D’après Ninihazwe, ce que le ministre de l’Intérieur a appelé « les insultes de Kayanza » n’est qu’un plaidoyer pour la justice et le respect des droits de l’homme.

A Kayanza, Pacifique Ninihazwe avait rappelé que le cas de Nsabiriho faisait suite aux assassinats de Muyinga,Kayogoro, le meurtre de Manirumva, etc. Pacifique Ninihazwe reste serein malgré tout. « Me tuer ne résoudra rien » lance-t-il avec détachement. Des paroles qui rappellent celles du Kabyle Djaout assassiné par des islamistes algériens : « si tu te tais, tu meurs et si tu parles, tu meurs. Alors, dis et meurs ! »Mais Pacifique Ninihazwe ne mérite pas la mort. Pacifique, parle et vis !



Pacifique NININAHAZWE : « MA MORT NE RESOUDRA RIEN »

Le Journal Iwacu vient de publier un entretien qu’il a eu avec Pacifique NININAHAZWE à propos des menaces de mort qui pèsent aujourd’hui sur ce jeune militant des droits de l’homme au Burundi.

La redaction de ce site vous dédie, en ces moments difficiles pour le FOCODE et son Président, ces paroles de Martin Luther KING en 1967, soit une année avant son assassinat.

« Je vous le dis ce matin, si vous n’avez jamais rencontré rien qui vous soit si cher, si précieux que vous soyez prêt à mourir pour ça, alors vous n’êtes pas apte à vivre. Vous pouvez avoir trente-huit ans, comme il se trouve que je les ai et, un certain jour, une grande occasion se présente à vous et vous appelle à vous dresser pour une grande cause, ou une grande affaire ou un grand principe. Et vous refusez parce que vous avez peur. Vous refusez parce que vous avez envie de vivre plus longtemps. Vous avez peur de perdre votre popularité, ou d’être poignardé ou abattu ou qu’une bombe soit lancée sur votre foyer. Aussi refusez-vous de vous dresser pour venir à la barre. Eh bien, vous pouvez continuer à vivre jusqu’à quatre-vingt-dix ans mais vous êtes aussi mort à trente-huit ans que vous le serez à quatre-vingt-dix. Et quand vous aurez cessé de respirer pour de bon, ce ne sera que l’annonce tardive d’une mort de votre esprit, survenue depuis bien longtemps. Vous êtes mort quand vous avez refusé de vous dresser pour la bonne cause. Vous êtes mort quand vous avez refusé de vous dresser pour la vérité. Vous êtes mort quand vous avez refusé de vous dresser pour la justice.

« Ne croyez jamais que vous n’avez personne sur qui compter. Allez en prison si c’est nécessaire, mais vous n’y allez jamais seul. Prenez position pour ce qui est juste, même si le monde peut se méprendre sur vous et vous critiquer. Mais vous n’êtes jamais seul car j’ai lu quelque part qu’un homme, s’il est avec Dieu, forme une majorité. »

Pour lire l’intégralité de l’article d’IWACU, cliquez ici



Les assassins de Manirumva menacent les dirigeants de la socièté civile

Source : Burundi tribune, 20/11/2009

Plus de 200 organisations de la société civile viennent d’adresser une correspondance à la présidence de la République. Les signataires demandent au président Nkurunziza de tout faire pour que cessent les intimidations proférés sur certains responsables de la société civile, certains menacés de mort.

Ces associations de la société civile dénoncent l’intimidation à l’endroit de certains de leurs leaders. Des hommes armés circuleraient dans les environs du domicile de Pacifique Nininahazwe proférant des messages à caractère terroristes.

Le président APRODH fait savoir qu’une réunion a été tenue à Kanyosha par des personnes impliquées dans ce crime. Ils considèrent qu’ils n’ont rien à sauver, c’est pourquoi ils veulent éliminer certains leaders de la Société civile, notamment Pacifique Nininahazwe, délégué général du Forum pour le Renforcement de la Société Civile FORSC et Pierre-Claver Mbonimpa, président de l’APRODH.

« Nous avons adressé la correspondance au président pour lui demander d’user de son pouvoir constitutionnel pour protéger les responsables menacés de mort », déclare Mr. Mbonimpa, un des signataires.

Il ajoute que tout a commencé le jour où le Ministre de l’intérieur a rencontré les responsables de la société civile. Il était fâché par les propos tenus et on a vu que quelque chose ne marche pas », indique un acteur de la société civile.

Des sources dignes de foi disent qu’un certain Gabriel Nduwayo « SESE » un ancien agent de la SOGESTAL et cité parmi les assassins de l’ancien vice président de l’OLUCOME, pourrait être bientôt interrogé au Canada où il se trouve depuis un certain temps. La commission qui enquête sur l’assassinat de Manirumva s’apprêterait à se rendre au Canada pour cette fin.

Ernest Manirumva a été assassiné la nuit du 9 avril 2009 et ses assassins ne sont toujours pas connus, arrêtés pour répondre devant la justice.



Articles récents

Dossier MANIRUMVA: Communiqué de Human Rights Watch, Amnesty International et EAHARDT

Burundi : justice doit être rendue pour le meurtre d’un militant

Un an après le meurtre à l’arme blanche d’Ernest Manirumva, un militant anti-corruption, la vérité n’a toujours pas été établie

(Bujumbura, le 8 avril 2010) – Le président du Burundi doit prendre des mesures pour que justice soit rendue dans l’affaire du meurtre d’un militant anti-corruption, ont demandé aujourd’hui Amnesty International, le Projet EHAHRDP (East and Horn of Africa Human Rights Defenders Project) et Human Rights Watch. Le président burundais, Pierre Nkurunziza, doit demander au procureur général d’accélérer l’enquête et les poursuites dans cette affaire et de garantir la protection des témoins, ont ajouté ces organisations. Le militant en question, Ernest Manirumva, a été poignardé à mort il y a un an, le 9 avril 2009.

Un an après le meurtre, l’enquête n’a pas encore été achevée. Neuf suspects, parmi lesquels plusieurs policiers, ont été placés en détention provisoire. Toutefois, aucune date de procès n’a encore été fixée. Une commission d’enquête judiciaire a fait des efforts, depuis sa constitution en octobre 2009, pour établir la responsabilité du meurtre. Cependant, selon certaines organisations de la société civile, cette commission n’a pas exploré toutes les pistes possibles et n’a pas achevé son travail. Enfin, le Burundi ne disposant pas de programme de protection des témoins, certains d’entre eux n’osent pas se manifester.

« Le gouvernement du Burundi devrait s’engager ouvertement à agir pour que justice soit rendue dans cette affaire délicate, » a indiqué Véronique Aubert, directrice adjointe du programme Afrique d’Amnesty International. « Le président Nkurunziza doit demander au procureur général de mener au plus vite une enquête approfondie, de garantir la protection des témoins et de traduire les coupables en justice, y compris ceux qui occuperaient des postes élevés au sein des forces de sécurité. »

Manirumva était vice-président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME), une organisation de la société civile burundaise, et vice-président d’un organisme officiel de règlementation des marchés publics. Il a été retrouvé mort poignardé devant chez lui. Un dossier de classement vide, maculé de sang, a été trouvé sur son lit et des traces d’effraction dans un bureau où il travaillait comme consultant au ministère de l’Agriculture laissent penser que les meurtriers de Manirumva cherchaient des documents sensibles qu’il avait en sa possession. Peu avant sa mort, d’après ses collègues et ses amis, Manirumva enquêtait sur des affaires de corruption au sein de la police et de tentatives d’achat illégal d’armes à feu en provenance de Malaisie par la police.

« Si les autorités burundaises sont véritablement engagées dans la lutte contre la corruption, elles doivent dès que possible identifier et traduire en justice les coupables de ce meurtre, qui semble être lié au travail de Manirumva contre la corruption, » a expliqué Hassan Shire Sheikh, directeur exécutif du Projet EHAHRDP. « Les autorités ont l’obligation d’apporter la preuve que les militants de la société civile peuvent librement critiquer le gouvernement sans risquer leur vie. »

Certains représentants du gouvernement ont également tenté d’étouffer les appels à la justice lancés par la société civile. À deux reprises en 2009, des organisations burundaises se sont vu interdire, par des représentants du gouvernement, d’organiser une marche manifestation dans la capitale, Bujumbura, visant à demander la justice dans l’affaire Manirumva. Lorsque, fin 2009, des organisations de la société civile ont fait des déclarations laissant entendre que la commission d’enquête du gouvernement n’explorait pas toutes les pistes, le ministre de l’Intérieur, Edouard Nduwimana, les a convoquées dans son bureau et les a accusées d’« s’ingérer dans le travail du système judiciaire. »

Certains membres des organisations qui ont publiquement dénoncé le meurtre et les défaillances des enquêtes judiciaires sur cette affaire ont eux-mêmes reçu des menaces. Deux d’entre eux, Pierre Claver Mbonimpa, président de l’Association pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH), et Gabriel Rufyiri, président de l’OLUCOME, ont été informés en mars 2010 que des agents de l’État planifiaient de tuer l’un d’eux en maquillant l’assassinat en accident de voiture. À la mi-mars, Mbonimpa a déclaré avoir été suivi dans le quartier Carama à Bujumbura par une jeep bleue du Service national de renseignement (SNR). (Contacté par Human Rights Watch, le directeur adjoint du SNR a assuré que ses services ne possédaient pas de jeep bleue.) Mbonimpa affirme également avoir reçu des menaces par téléphone. L’un de ses interlocuteurs lui aurait dit : « Si tu continues de travailler sur l’affaire Ernest Manirumva, tu finiras comme lui. »

De même, en novembre 2009, Pacifique Nininahazwe, délégué général du Forum pour le renforcement de la société civile (FORSC), qui menait la campagne « Justice pour Ernest Manirumva », a été averti qu’un complot d’assassinat se tramait contre lui. Son organisation a ensuite été frappée d’interdiction par une ordonnance du ministère de l’Intérieur, qui a invoqué de soi-disant problèmes techniques au niveau des documents d’enregistrement du forum datant de 2006. Bien que le ministre ait ensuite « suspendu » cette ordonnance, le FORSC reste dans un vide juridique.

« Au lieu de menacer les organisations de la société civile et de leur mettre des bâtons dans les roues, les autorités burundaises feraient mieux de s’allier à ces dernières pour explorer toutes les pistes susceptibles de conduire à l’identification des assassins de Manirumva, » a déclaré Georgette Gagnon, directrice de la division Afrique à Human Rights Watch. « Le président burundais doit faire tout son possible pour faciliter l’avancement de l’enquête et soutenir l’appel à la justice lancé par la société civile pour ce meurtre barbare. »

Les organisations ont appelé le président Nkurunziza et le gouvernement du Burundi à :

- mettre en place un dispositif de protection des témoins qui permette à ces derniers de faire leurs déclarations en toute sécurité et en toute confidentialité, en particulier pour ceux qui sont susceptibles de détenir des informations impliquant des membres des forces de sécurité ;
- faire en sorte que le travail de la commission soit mené à son terme rapidement et en toute équité, et que toutes les personnes dont les preuves montrent la responsabilité criminelle dans cette affaire soient identifiées et inculpées, y compris celles qui ont commandité le meurtre ;
- faire en sorte que les suspects actuellement placés en détention soient rapidement jugés tout en s’assurant que la recherche de preuves contre d’éventuels autres responsables se poursuive avant, pendant et après ces procès ;
- soutenir les actions de la société civile telles que la campagne « Justice pour Ernest Manirumva » en autorisant les défilés et les rassemblements, et en cessant d‘intimider les groupes de la société civile ;
- enquêter sur les affaires de menaces reçues par des activistes de la société civile qui demandent que justice soit rendue dans le cas de l’assassinat de Manirumva, et traduire en justice les auteurs de ces menaces.

Contexte
Le gouvernement burundais a pris certaines mesures pour retrouver les meurtriers de Manirumva. Une commission judiciaire a été établie le 22 avril 2009 afin d’ouvrir une enquête, mais celle-ci a entrepris peu d’actions. Après que les organisations de la société civile aient dénoncé l’inaction de la commission et le lien étroit existant entre son président et le chef du Service national de renseignement, un service qui, selon certains témoins, aurait joué un rôle dans l’assassinat de Manirumva, le procureur général a dissout la commission. En octobre 2009, il l’a remplacée par une commission dont les membres se sont montrés plus actifs et qui semblaient, aux yeux des groupes de la société civile, avoir des rapports moins douteux avec les membres des forces de sécurité.

Le gouvernement a accepté l’offre d’assistance technique proposée par le Bureau fédéral d’enquête américain (FBI) dans cette enquête. Si la première commission juridique a fait de l’obstruction, la deuxième s’est montrée plus coopérative et a permis aux agents du FBI d’interroger les suspects et de relever leurs empreintes et leur ADN. Les résultats de l’aide médico-légale apportée par le FBI n’ont pas encore été publiés.

Neuf suspects ont été placés en détention et inculpés. Cependant, au moins trois individus qui auraient pu fournir des informations sur l’affaire ont été tués ou ont disparu. Le 15 avril 2009, un agent du Service national de renseignement a pris la fuite pour le Canada avec un visa obtenu sous le faux prétexte qu’il devait participer à une conférence aux États-Unis pour le compte d’une entreprise nationale de production de café. Trois semaines après le meurtre de Manirumva, le 30 avril, un capitaine de la police, Pacifique Ndikuriyo, a été tué par balle à Bujumbura. En mars 2010, un policier nommé Ezéchiel Coyishakiye a disparu d’un hôpital psychiatrique où il était retenu sous garde armée, après avoir été arrêté dans le cadre d’une autre affaire criminelle. La police affirme ne pas savoir où il se trouve. La commission d’enquête étudie actuellement des témoignages selon lesquels ces trois individus auraient pu être directement impliqués dans le meurtre ou avoir su qu’il allait se produire.

Le procureur a donné l’ordre à la commission d’enquête de lui remettre un rapport sur ses conclusions dès qu’elle aura réuni suffisamment de preuves pour permettre d’entamer des poursuites. À ce jour, toutefois, la commission n’a encore produit aucun rapport.

Pour en savoir plus sur l’assassinat d’Ernest Manirumva et sur les menaces proférées contre les groupes de la société civile, vous pouvez consulter :
• le communiqué de presse d’avril 2009, Burundi : Les autorités doivent trouver les assassins de l’activiste Ernest Manirumva : http://www.hrw.org/fr/news/2009/04/16/burundi-les-autorit-s-doivent-trouver-les-assassins-de-l-activiste-ernest-manirumva ;
• le communiqué de presse de novembre 2009, Burundi : Le gouvernement doit annuler l’interdiction frappant une association de la société civile : http://www.hrw.org/en/news/2009/11/25/burundi-le-gouvernement-doit-annuler-l-interdiction-frappant-une-association-de-la-s ;
• le document d’Amnesty International d’avril 2009, Action urgente, Burundi : homicide illégal, Ernest Manirumva : http://www.amnesty.org/en/library/info/AFR16/003/2009/en.


ASSASSINAT D’ERNEST MANIRUMVA : UNE BOMBE QUI ATTEND LES TÉNORS DE BUJUMBURA.

Source: Aube de la Democratie

Cela va faire bientôt une année que le vice-président de l’OLUCOME (Organisation de Lutte contre la Corruption et les Malversations Economiques), Monsieur Ernest MANIRUMVA a été sauvagement assassiné.

Des commissions d’enquête ont été initiées sans succès. Même la dernière commission est en passe de sortir un rapport presque vide car elle aussi a peur de traduire les véritables hommes forts en justice.

Malheureusement et c’est cela qui devient de plus en plus inacceptable, des innocents sont emprisonnés, d’autres en cavales et d’autres sont abattus systématiquement dans l’indifférence totale.
La société civile a presque démissionné, les hommes politiques ignorent presque les tenants et les aboutissants de ce carnage, ils sont donc impassibles, la communauté internationale se tait et guette.

C’est dans cette indifférence que le rouleau compresseur continue d’éliminer physiquement tous les témoins gênants. Ils sont nombreux, ils sont plus de trente sur la liste d’attente.

Qui sont ces témoins qui doivent être exécutés. Et quelle est la main qui les descend ? Les hommes qui sont en train d’être exécutés sont les agents de Transmission et les chauffeurs des hauts gradés de la police qui ont participé à l’assassinat d’Ernest MANIRUMVA. A côté de cette catégorie il y aura un autre groupe cible qui a été placé sur l’itinéraire de cette opération macabre. Ils sont plus d’une vingtaine. Cette nuit-là on leur avait dit que le chef de l’Etat allait se déplacer tard dans la nuit pour justifier le déploiement. Mais ce groupe n’est pas encore exécuté.

Aujourd’hui ceux qui sont déjà assassinés ou portés disparus sont :
- COYISHAKIYE Ezéchiel, il était un agent de transmission du colonel David NIKIZA. Il a été conduit à l’hôpital dénommé « Chez le gentil ». Mais malgré les assurances du Commissaire Adjoint de la PSR, Monsieur Louis…, cet homme a disparu dans la nature. Il est vraisemblablement mort. Et pourtant ce commissaire avait devant la commission d’enquête déclaré qu’il était à l’hôpital et bien gardé.
- Le deuxième Agent du même David NIKIZA s’appelle NZISABIRA. Il est lui aussi porté disparu.
- La troisième victime qui a échappé à cette campagne d’élimination s’appelle NIYOYANKUNZE Sylvestre. Ce policier, chauffeur du Directeur Général Adjoint de la Police Nationale, le Général de Brigade Gervais NDIRAKOBUCA alias NDAKUGARIKA (je vais t’éliminer) a reçu des balles en pleine poitrine à la 1ère avenue Bwiza le Week-end du 13-14 mars 2010. Il n’est pas mort. Interrogé sur les faits, il a gardé un silence de mort.
- Le quatrième cas est celui d’un deuxième agent du même NDAKUGARIKA. Il est porté disparu.
Mais à la police on déclare qu’il a déserté. Mais dans le dernier rapport du BINUB un corps non identifié criblé de plusieurs balles en pleine poitrine a été ramassé. Probablement que c’est ce policier qui manque à l’appel chez NDAKUGARIKA.

- La dernière victime qui a été assassinée le 20 Avril 2009, soit 2 semaines après l’assassinat d’Ernest MANIRUMVA est ce capitaine Pacifique NDIKURIYO. Cet officier subalterne qui faisait partie de la garde présidentielle avait participé à deux réunions sur le cas MANIRUMVA. Mais quand le groupe a décidé qu’Ernest MANIRUMVA devait être tué, le capitaine Pacifique NDIKURIYO a refusé d’exécuter cette mission en ces termes : « NARAKIJIJWE NTA MARASO NSHOBORA GUKORA » , « je suis un converti, je ne peux pas verser le sang d’un innocent »

Dès lors il n’a plus participé aux deux dernières réunions. Mais il connaissait le projet secret. Il faillait le faire taire définitivement !

Mais qui participaient à cette réunion ? Il s’agit des hommes forts de la police nationale et de la police présidentielle. Ce sont les mêmes qu’on a retrouvé sur tous les lieux où MANIRUMVA a été traîné. De son domicile cette équipe l’a traîné à son Bureau sis à Kigobe Sud. De Kigobe sud on l’a transporté en plein centre ville où il a subi un interrogatoire atroce. De là il a été traîné jusqu’à Mutanga Sud.

Ces hommes qui supervisaient l’opération avaient malheureusement, tous des chauffeurs et des agents de transmission. Il s’agissait de :
- Général Major Adolphe NSHIMIRIMANA ;
- Général de Brigade Gervais NDIRAKOBUCA ;
- Le Colonel David NIKIZA ;
- Major Désiré UWAMAHORO.

Ce sont les mêmes qui ont tenu les quatre réunions de préparation.
Ernest MANIRUMVA a donc été tué par des hauts responsables de la République. Ceci nous aide à comprendre 4 faits troublants :

1°. Le Directeur de la prison de Rutana a transféré le prévenu NTIRAMPEBA Joseph alias BIRARA à Bujumbura. Pourtant ce transfert avait été interdit par la commission d’enquête.

Ce transfert a été exigé par les mêmes dinosaures. Il avait pour objet de faire porter le chapeau à l’homme d’affaire Hilaire NDAYIZAMBA. A ce titre Monsieur Joseph NTIRAMPEBA devait charger Hilaire NDAYIZAMBA. Le prévenu a refusé ce montage parce qu’il ne connaissait pas ce NDAYIZAMBA. De surplus en acceptant ce faux témoignage NTIRAMPEBA se mettait ipso facto la corde au cou. Précisons que ce NTIRAMPEBA Joseph, un ancien démobilisé, avait bénéficié d’une recommandation spéciale pour travailler loin de Bujumbura, à Rutana, dans la société SAMANKOR. Une société qui a offert à la première dame un don d’une valeur de huit cent milles dollars américains ; une société qui affrète de temps en temps un jet pour le déplacement du chef de l’Etat à l’étranger.

La commission d’enquête non content de ce transfert de NTIRAMPEBA, a ordonné l’arrestation du Directeur de la Prison de Rutana. Celui-ci est actuellement en prison. Mais il a refusé devant la commission d’enquête de décliner l’identité de la personne qui lui a donné l’ordre de transférer le prévenu NTIRAMPEBA. A cette question il oppose un silence de mort. C’est dire que l’ordre est venu des hommes forts du pouvoir. Mais le silence de l’ancien Directeur de la prison de Rutana ne le protège pas. Il risque de subir le sort du capitaine Pacifique NDIKURIYO. Il peut être exécuté pour le faire taire définitivement.

2°. Le deuxième fait troublant vient des restrictions qui ont été imposées au FBI, son champ d’action a été réduit et surveillé. Ainsi le FBI n’a pas pu interroger les gros poissons de la police. Bien plus ils n’avaient pas le droit d’établir un contact sans la présence des burundais, encadreurs.
Que cachait-on au FBI ?

3°. Le troisième fait troublant vient de la déclaration faite par le Directeur des Douanes, Monsieur Ezéchiel devant la commission. A ce titre, rappelons que sa camionnette ainsi que son agent de transmission était dans cette nuit fatidique du 8 avril 2010 au domicile et au bureau de la victime. A la question de savoir comment cette camionnette s’est retrouvée dans cet acte criminel. Monsieur Ezéchiel a répondu tout simplement que sa camionnette avait été réquisitionnée par la police présidentielle et qu’il ignore le mobile de cette réquisition. Ce qui est étonnant c’est que seul l’agent de sécurité d’Ezéchiel a été arrêté. Mais l’homme qui a réquisitionné le véhicule n’est pas inquiété.

4°. Par contre Prosper Mérimée, Hilaire NDAYIZAMBA, le directeur de la Prison de Rutana ainsi que quelques éléments de la police restent en prison pendant que les véritables responsables de cet acte ignoble sont en liberté en train de liquider les témoins. Franchement la communauté internationale devrait faire quelque chose sinon ce dossier risque d’emporter plusieurs vies humaines. Sur cette liste des victimes il sied de rappeler le cas de l’homme d’affaire RWASA Salvator qui a dû s’exiler parce qu’il allait lui aussi être arrêté injustement.

Le parlement burundais doit se saisir de ce dossier afin d’arrêter cet hécatombe des innocents. Ceci est un devoir de tout élu du peuple digne de son nom.

J’ai parlé des victimes, j’ai parlé des bourreaux mais j’ai oublié de parler de l’essentiel : le mobile de l’assassinat d’Ernest MANIRUMVA. Pourquoi cet intègre, patriote citoyen a été immolé sur l’autel des martyrs de la Bonne Gouvernance ? Les raisons qui ont présidé à l’assassinat de ce digne fils du Burundi procède d’une investigation qu’il menait autour des armes qui sont achetées par le Burundi mais qui ne sont pas enregistrées dans aucun magasin d’armement du pays. Il cherchait à savoir où allaient ces armes et d’où provenaient les fonds pour les acheter. Le pauvre avait commencé à poser la question à la police pour savoir à quand datait la dernière commande des armes. Il ne savait pas qu’il venait de mettre les pieds dans un réseau impitoyable de trafic d’armes!

Il semblerait qu’au Ministère de la Défense Nationale et des Anciens combattants on était au courant de cette démarche heureuse d’Ernest MANIRUMVA. Est-ce pour cette raison que le Lieutenant Général Germain NIYOYANKANA, ministre de la Défense Nationale était sur les lieux du crime le matin 9 avril 2010, avec un air très fâcheux ? Ceux qui l’ont vu sur les lieux du drame, on vu un homme profondément choqué et abattu !

Cette présence du ministre de la Défense rappelle un fait important qui reste gravé dans la mémoire des sénateurs et surtout du Sénateur RUGIRA Jean Marie aujourd’hui en cavale au Canada. A ce sujet les élus sénateurs se souviennent d’une loi qui est passé au Sénat qui dépouillait le Ministère de la Défense de toute prérogative d’achat des armes. Cette prérogative ainsi que l’autorisation de port d’armes revenaient au seul Ministre BUNYONI de la Sécurité Publique ! Le sénateur RUGIRA Jean Marie n’a pas manqué ce jour-là d’ironiser et de poser la question de savoir si le Ministre BUNYONI n’allait pas être débordé par toutes ces prérogatives ! Pour RUGIRA ce transfert de compétence était inquiétant ! Il avait raison de s’exiler le sénateur RUGIRA Jean Marie. Aujourd’hui il serait sur la liste des hommes à abattre. Cette folie meurtrière qui tourne autour de ce dossier ne l’aurait pas épargné.

En tout état de cause cette folie meurtrière autour de ce dossier doit cesser par tous les moyens. Sinon l’histoire nous jugera très sévèrement ! Du reste Hilaire NDAYIZAMBA, Prosper Mérimée, RWASA Salvator n’ont pas quitté le haricot et le café pour embrasser le trafic d’armes ! C’est absurde ! Ils doivent être libérés ! Ils n’avaient aucune raison de tuer MANIRUMVA !

Le FRODEBU a déjà dans son plan d’action la mise en place d’un prix pour la bonne gouvernance dénommé « prix Ernest MANIRUMVA ». Et il devra être érigé en héros national de la Bonne Gouvernance. Mais cela ne suffit pas, honorable Léonce NGENDAKUMANA ! Arrêtez les coupables ! Interpellez le Gouvernement ! Prenez à témoin le peuple burundais, ce cartel ne peut pas continuer à régner sur le Burundi !

NDIMURUVUGO A.


Témoignage d’Alice Nzomukunda sur la vente illicite du Falcon 50, source Isanganiro-

Burundi news, le 04/03/2010

La vente illicite de l’avion présidentiel au Burundi : « Ca va se savoir ! ». L’ancienne deuxième Vice Présidente témoigne.


3-03-2010, source Isanganiro

Témoignage d'Alice Nzomukunda sur la vente illicite du Falcon 50, source Isanganiro- nzomuku-2La vente du jet présidentiel, le Falcon 50 a été émaillée des irrégularités comme le dit Mme Alice Nzomukunda, vice-présidente de la République d’alors. Selon cette ancienne numéro deux du gouvernement Burundais, le premier à avoir parlé de la vente de ce jet présidentiel est Hussein Radjabu, l’ancien l’homme fort du parti présidentiel, lors d’une conférence de presse. Elle affirme avoir appris, au chapitre des divers du conseil des ministres que l’avion pourrait se vendre, mais que cette vente devrait être discutée dans le Conseil des Ministres, ce qui n’a pas été le cas, selon Alice Nzomukunda. Elle ajoute que le centre de commandement était peut être ailleurs et non dans son cabinet car le Ministre des Finances, Dieudonné Ngowembona qui était du ressort de la vice présidence de la République qu’elle dirigeait à l’époque, ne suivait pas ses ordres. « Quand j’ai su que l’avion allait être vendu, j’ai ordonné au Ministre des finances de me donner tous les documents y relatifs, mais celui-ci a éteint son portable et est venu me voir la nuit sans document pour me dire que l’avion avait déjà été vendu », a dit Mme Nzomukunda.

Parlant des irrégularités autours de cette vente, Mme Nzomukunda parle que 4 éléments ont marqué cette vente. Le premier est l’appel d’offre qui a été local au lieu d’être international pour donner assez de chances à ceux qui peuvent être plus offrants. Le deuxième élément d’irrégularité est la langue dans laquelle était rédigée cet appel d’offre. Alice Nzomukunda trouve incompréhensible de faire un appel d’offre local en Anglais dans un pays ayant le français comme langue officielle. L’autre élément qui montre l’irrégularité, il n’ y a pas eu de commission pour étudier cette vente avant de passer à l’action. Un dernier élément qu’elle qualifie de plus catastrophique, consiste au fait que cet avion a été vendu au client le moins offrant à 3 millions de dollars, alors qu’il y avait un autre qui avait offert 5 millions de dollars. Ce client malheureux de la « Société Bombardier » aurait d’ailleurs conseillé à la vice présidente que la vente de l’avion serait une perte énorme pour le Burundi, car l’avion était de bonne qualité et en bon état, raison pour laquelle il avait offert un montant de 5 millions de dollars. Ce dernier aurait été lésé, et se serait confié à l’Olucome pour dénoncer cette injustice.

Sous sa pression, Mme Nzomukunda dit qu’une commission au sein du parti avait été nommée par le président du Cndd-fdd au pouvoir, Hussein Radjabu, et se composait de Dieudonné Ngowembona, Ministre des Finances de l’époque, Denise Sinankwa, Ministre du commerce d’alors, Karenga Ramadhani, Ministre de la Communication et Porte Parole du Gouvernement d’alors. Karenga Ramadhani était le secrétaire de cette commission nommée par El Hadj Hussein Radjabu, président du parti au pouvoir à l’époque et n’a jamais remis de compte rendu de la réunion de la commission. Ce compte rendu, selon Nzomukunda recommandait l’arrêt du processus de vente. Cependant, au lieu d’arrêter cette vente du jet présidentiel selon les clauses de cette commission, le processus de vente s’est accéléré et le Gouvernement a sorti un communiqué de presse affirmant que l’avion a été vendu. Selon Nzomukunda, le Gouvernement a perdu non seulement de l’argent sur la vente de l’avion présidentiel, mais aussi de la confiance de la part des donateurs comme la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International (FMI). Elle affirme que les institutions de Breton woods allaient octroyer une enveloppe de plus de 90 millions de dollars pour le programme de développement. Alice Nzomukunda se dit étonnée par le choix du Gouvernement d’accepter d’empocher 3 millions de dollars au lieu d’arrêter la vente illicite du jet présidentiel pour avoir les 90 millions de dollars de la part de ces institutions économiques mondiales.

Alice Nzomukunda révèle également que le pseudo putch de septembre 2006, comme elle l’appelle, était lié à la vente du Falcon 50. C’était un moyen, selon Nzomukunda du pouvoir de tourner l’attention sur la vente du jet présidentiel : « C’était une façon de faire oublié le peuple que l’avion avait été vendu, pour que l’attention des gens tourne vers autre chose », nous révèle Nzomukunda, qui dit aussi avoir refusé de faire une solidarité gouvernementale en refusant d’affirmer que la vente de l’avion était légale comme le demandaient certains membres du Gouvernement d’alors et a décidé de démissionner, car il était difficile de tenir devant une telle situation, nous révèle l’ancien responsable du secteur de l’économie au gouvernement de Pierre Nkurunziza.

Contacté par la rédaction de la Radio Isanganiro, Léonidas Hatungimana, porte-parole du président de la République, se réserve de tout commentaire. Il dit tout simplement que le dossier est au bureau de l’Assemblée Nationale. Pour rappel, la porte-parole de la chambre basse du parlement a confié aux journalistes au cours d’un point de presse, que le dossier sera analysé en séance plénière.


L’octroi des indemnités de fin de mandat : à qui cela profite ?

Par Pierre Claver NIYONKURU

Il est difficile d’attendre un véritable changement d’un politicien. Quand il est dans l’opposition, il promet tout pour accéder au pouvoir, une fois au pouvoir, la réalité devient toute autre. Tout ce qu’il croyait faisable devient difficile. Discutez avec vos amis, qui, hier, dans l’opposition nous promettaient monts et merveilles, aujourd’hui, à propos des promesses non tenues ou même de certains reculs par rapport à avant leur prise de pouvoir, ils vous diront biragoye ( c’est difficile).

En réalité, un politicien au pouvoir ne change jamais les choses, encore moins ce qui lui est favorable. Cela n’est d’ailleurs pas propre au Burundi ni à l’Afrique, c’est partout comme ça. Un dirigeant opère un changement uniquement lorsqu’il y est contraint par le peuple. A ce sujet, j’admire le peuple burundais parce qu’il a pris ses responsabilités. Nous avons dit non à l’Uprona et au Frodebu respectivement en 1993 et en 2005. Nous avons dit non au Major Pierre Buyoya, lui qui voulait ( j’ignore que ce n’est plus sa volonté) s’imposer comme le seul individu capable de diriger le Burundi. Je crois aussi que nous allons continuer à dire non à d’autres aventuriers.

Actuellement, le sujet à la une dans les salons des Burundais de la diaspora, c’est l’indignation causée par l’octroi des indemnités aux mandataires politiques en fin de mandat. Si cette mesure peut être politiquement ou même légalement défendable, elle demeure inopportune et illégitime.

Je suis loin de m’opposer au principe d’octroyer des indemnités à ceux qui ont géré les destinées du pays pendant un certain temps. Cependant, vu la situation économique du pays, la misère de la population et la récession que connaît le monde, il est inconcevable que des dirigeants responsables se permettent un tel luxe.

Ce qui est marrant, c’est la manière dont les députés, même les dures opposants du régime, sont tous d’accord quand vient le temps de s’octroyer des privilèges. Un jour du début de l’année 2009, je suivais une conférence d’un député burundais de l’opposition à Bruxelles, ce dernier affirmait qu’ils n’ont pas de problèmes à s’entendre quand il s’agissait de leurs avantages. Et d’ajouter que c’est l’une des rares choses sur lesquelles les députés s’entendent le plus. Curieusement, il était fier de nous le dire !

Ces indemnités vont paralyser davantage le système économique

On ne peut pas dire que nous avons un véritable système économique au Burundi. Chez nous, il est normal que quelqu’un qui gagne 100 dollars par mois paye un loyer de 200 dollars alors qu’il a une famille à faire vivre et que sa présence est quasi obligatoire dans le bar chaque soir. On ne sait pas d’où viennent ces revenus. Le major Buyoya appelait cela kwiyungunganya, se débrouiller, n’est ce pas le fameux article 15 de Mobutu. Après tout, la chèvre broute là où elle est attachée…. En 2005, obsédé par l’idée de changement dans notre patrie, je croyais que l’avènement des nouveaux décideurs va changer les choses. Je fondais mon espoir sur le passé et l’idéologie des nouveaux maîtres de Bujumbura. Hélas, comme aime me le répéter un ami, il est difficile de changer quelque chose qui s’appelle système. Quand tu viens d’y arriver, tu es confronté à des nouvelles réalités et il te revient de t’aligner, si tu ne veux pas y laisser ta peau ou alors de foutre le camp. Chez nous, on opte souvent pour l’alignement et de manger comme l’ont fait nos prédécesseurs.

Deux économies cohabitent de nos jours : une économie formelle dans laquelle l’État fait semblant de payer ses fonctionnaires et eux font semblant de travailler. Rares sont les fonctionnaires qui peuvent prétendre joindre les deux bouts du mois grâce à leur salaire, du moins leur salaire officiel. L’autre économie est celle au sein de laquelle tout se passe. Chacun essaye de maximiser parce qu’on ne sait pas ce qui se passera demain ( traffic d’influence, corruption à outrance, malversations économiques, missions et dépenses fictives, … ). Je reconnais toutefois qu’il y a des fonctionnaires honnêtes qui se débrouillent par exemple en construisant un petit kiosque à côté de leur maison pour pouvoir joindre les deux bouts du mois. Cette catégorie n’a pas une large marge de manœuvre, généralement c’est ceux qui n’ont pas accès à la caisse. Même quand ils font une grève pour chercher à améliorer leur situation, ils risquent la prison ou tout est mis en œuvre pour arrêter leur mouvement.

Les indemnités de fin de mandat améliorera uniquement la situation de nos excellences et honorables. Pour bien comprendre l’arrogance de nos députés, faîtes l’erreur d’appeler un députer par son nom, celui qu’il porte depuis sa naissance, sans ajouter le titre honorable, vous verrez comment il va vous foudroyer. Bientôt, ils vont revendiquer qu’on les appelle vénérable. Mon but n’est pas de leur enlever l’honneur que leur a fait le peuple en votant pour eux, mais ce titre devrait les rendre encore plus humbles, il devrait faire qu’ils servent au lieu de se servir. Eux qui gagnent déjà des gros salaires, qui abusent du système et qui s’enrichissent au dos du contribuable, le même contribuable doit les remercier à la fin de leur mandat. Je souligne en passant que ces personnes que le peuple doit remercier n’ont pas nécessairement rendu un bon service au pays.

Ces indemnités vont accroître l’écart entre les riches et les pauvres. Je crois que l’un des éléments fondamentaux de l’économie du pays est la circulation de la monnaie. Les politiciens, d’où qu’ils viennent, pourront nous faire rêver, mais aussi longtemps que la monnaie se trouve entre les mains d’un groupe d’individus, l’économie du pays ne va jamais décoller. Et malheureusement, tous les régimes qui se sont succédés à Bujumbura ont échoué à changer cette donne, l’argent est resté dans les mains d’un petit groupe d’individus. La seule chose qui a été faite est de changer les acteurs, jamais les scénarios.

En octroyant ces indemnités, on augmente les revenus des mêmes riches et l’économie du pays va en souffrir davantage.

A cause de ces indemnités, plus d’amour pour la politique

La seule façon de s’enrichir au Burundi est de faire la politique, c’est le cas pratiquement dans tous les pays africains. Apres une longue observation, on s’enrôle dans une formation politique, celle au pouvoir ou qui a des fortes chances de remporter les prochaines élections et ainsi on peut espérer la nomination à un poste et bénéficier les privilèges qui vont avec le poste. Quelqu’un me disait qu’il y avait moyen de bien gagner sa vie en faisait du business. Le problème est que même les hommes d’affaires sont, de près ou de loin des politiciens. En effet, le seul client sérieux au Burundi c’est l’État et quand tu n’es pas membre du parti au pouvoir ou tout au moins son sympathisant, tu n’as pas de marchés. Ainsi, les hommes d’affaires au Burundi passent leur temps à effectuer des sondages pour savoir vers où va souffler le vent. Ne connaissez-vous pas des hommes d’affaires qui sont passés de l’Uprona au CNDD-FDD en passant par le Frodebu. Et bientôt, on ne sait pas dans quel parti ils vont prendre leur carte de membre. J’en connais qui, pour simplifier les choses, cotisent partout et quelque soit le gagnant c’est business as usual.

Je connais beaucoup de professionnels qui ont servi leur pays pendant toute leur vie et qui continuent à vivre leur vie de misère. Et allez voir, les maisons que construisent les détenteurs des postes politiques depuis quelques années, moins de cinq. Le style de vie qu’ils mènent,…. Les indemnités que le Parlement vient d’offrir aux dirigeants vont contraindre tout le monde à chercher une carrière politique. Les autres postes seront occupés en attendant une opportunité politique. Nous risquons d’avoir, c’est déjà le cas d’ailleurs, un pays où tout le monde est pseudo-politicien. Combien de diplômés en médecine, en enseignement ou dans un autre domaine professionnel voudraient passer toute leur vie en faisant le métier pour lequel ils sont formés ? Très peu, s’il y en a ! Pourquoi ? Parce qu’il est difficile de bien gagner sa vie sans faire la politique.

En fait, avec les 2 millions de dollars que nous allons octroyer au président en fin de mandat, nous allons avoir des batailles encore plus farouches pour occuper le fauteuil présidentiel. Imaginez-vous qu’il suffira de faire un seul mandant pour devenir millionnaire en dollars, wow !

Au Canada, un pays riche il faut le souligner, il y a des premiers ministres, l’équivalent d’un président dans notre système, qui ne sont pas millionnaires en dollars alors qu’ils ont occupé ce poste pendant 10 ans. Donc, le poste de président va être une garantie pour devenir millionnaire en dollars. En plus de toutes les sommes d’argent qu’un président va accumuler pendant son régime et d’être sénateur à vie, bénéficier de 2 millions de dollars…voilà qui va augmenter le nombre d’aventuriers qui veulent à tout prix devenir chef d’ État. Comprenez-moi bien, je ne voudrais pas que les ex présidents burundais soient pauvres après leur fonction, mais qu’un pays aussi pauvre que le Burundi accorde 2 millions de dollars à un ancien chef d’État est une aberration est une moquerie à la misère de notre population.

De plus en plus de Burundais croient que la politique est l’art de mentir, que tout le monde entre en politique pour s’enrichir. En tant que politologue, je crois qu’il y a toujours moyen de faire une politique saine et de se mettre au service de son pays en tant que politicien. Pierre Nkurunziza, notre actuel président, lorsqu’il était ministre de la bonne gouvernance avait crié haut et fort que ce genre d’indemnités constitue une dilapidation des biens publics et il s’y opposait farouchement. Il a attiré la confiance d’une grande partie de la population burundaise. Je crois que rarement dans l’histoire du Burundi post-coloniale, un dirigeant a eu au tant de popularité que Nkurunziza et son parti à la sortie du maquis. Aujourd’hui, qu’en est-il excellence monsieur le président ? Depuis 2005, y-a-il eu des changements importants dans l’économie du pays qu’on peut se permettre ce luxe ? Voilà la différence entre un politicien à l’opposition et celui au pouvoir, c’est le jour et la nuit !

Toutefois, parlant de ces indemnités, il revient aux dirigeants actuels d’être des bons gestionnaires et d’arrêter de se tailler toujours la part du lion quand la misère fait rage dans ce pays de Mwezi Gisabo. Chez nous, on a toujours en 2009 des individus, des responsables de famille, qui ont de la peine à avoir 1000 Fr. Bu., un dollars, et nos élus se partagent des milliards. En fait, tout dépendra de ce que veut le président et son entourage, s’ils veulent passer dans l’histoire comme des dirigeants qui ont soutenu le pillage du pays, ils en ont l’opportunité. Et s’ils veulent que l’histoire se souvienne d’eux comme des dirigeants qui ont protégé les biens publics , tout au moins en s’opposant à ces indemnités, ils en ont également l’opportunité. Dans tous les cas, personne n’arrêtera le verdict de l’histoire.

L’expérience m’aura appris que l’on ne peut pas faire une politique saine sans d’abord et avant tout penser à l’économie. Je me rappelle qu’à la faculté, les économistes et les politologues se disputaient la première place : les économistes défendaient que c’est l’économie qui est à la base de la politique, alors que les politologues étaient convaincus que c’est la politique qui donne les lignes directrices à l’économie. Même si je crois que la politique est le master de la vie en société, je demeure convaincu qu’un politicien doit, dans un premier temps, penser économie. Donc, au lieu d’enrichir ceux qui le sont déjà, notre pays devrait penser à investir ce magot dans des projets de microcrédits afin que la machine économique tourne. C’est ainsi que le peuple se dira qu’il y a eu un léger mieux entre les gestion d’hier et celle d’aujourd’hui.


274 jours après l’assasinat d’Ernest MANIRUMVA

Mot liminaire de la conférence de presse animée par les organisations de la société civile le 09 janvier 2010

Mesdames, Messieurs les journalistes ; Mesdames, Messieurs les représentants de la société civile ; Mesdames, Messieurs les représentants des institutions de défense des droits de l’homme ; Distingués invités ;

Avant de débuter cette conférence de presse, permettez-nous de marquer une minute de silence en mémoire du regretté Ernest MANIRUMVA, victime d’un assassinat dont les conditions n’ont toujours pas été éclaircies.


274 jours viennent de s’écouler après l’assassinat ignoble d’Ernest MANIRUMVA, 274 jours de douleur et d’interrogation pour la grande famille de la Société civile, 274 jours en quête de la justice et de la vérité pour Ernest MANIRUMVA.

Nous ne cesserons jamais de le rappeler, Ernest MANIRUMVA, Vice-président de l’OLUCOME, a été sauvagement assassiné dans la nuit du 8 au 9 avril 2009. Depuis, plus de 350 organisations de la société civile se sont mobilisées pour dénoncer cet acte barbare et demander qu’une enquête libre et indépendante soit rapidement ouverte afin de faire la lumière sur ce crime et que ses auteurs soient traduits en justice. Devant l’absence d’avancée significative, nous avons lancé le 9 juillet une campagne intitulée « Justice pour Ernest MANIRUMVA » pour bien marquer notre détermination à rester mobilisés aussi longtemps que l’enquête n’aura pas abouti. 274 jours après la disparition d’Ernest MANIRUMVA, les raisons de notre mobilisation restent inchangées.

La troisième commission d’enquête mise en place au début du mois d’octobre nous semble plus déterminée que les deux premières. Nous l’encourageons à forcer son allure, à explorer toutes les pistes et à ne céder à aucune sorte de pression, d’où qu’elle puisse venir. Nous lui garantissons notre entière disposition à la collaboration et lui demandons de respecter l’engagement pris de terminer son enquête et sortir son rapport dans les deux mois.

Il y a trois mois, nous avions souligné que notre mobilisation afin d’obtenir Justice pour Ernest va bien au-delà du seul cas de notre regretté compagnon. Nous portons toujours le deuil de chacune des victimes de la violence dans ce pays, victimes d’hier et victimes d’aujourd’hui dont les bourreaux n’ont jamais été identifiés et dont les familles pleurent toujours dans la nuit du silence et de l’impunité.

Nous avions exprimé à la même occasion notre inquiétude quant à l’avenir de la société civile et de la démocratie, fondant notre préoccupation sur un certain nombre de réunions de nos organisations qui venaient d’être interdites dans différentes localités du pays. La suite nous a malheureusement donné raison : plus les jours avancent vers les élections, plus se manifeste et se renforce une volonté politique de faire taire les organisations citoyennes.

Hier, Ernest MANIRUMVA est probablement mort parce qu’il connaissait des vérités qui dérangent, il se battait pour que la société burundaise se construise autour de valeurs d’intégrité et de justice sociale. Aujourd’hui, ses compagnons de lutte et les organisations au sein desquelles il militait font face à des menaces persistantes en se battant pour les mêmes valeurs. Sous des prétextes fort illégaux, nombre d’organisations de la société civile sont à tour de rôle pointées, convoquées, déstabilisées et stigmatisées tandisqu’une pluie d’intimidations tombent sur leurs responsables. Toute une stratégie de déstabilisation a été pensée : tantôt on personnalise les organisations, tantôt l’autorité de tutelle se substitue aux organes des organisations quand elle ne décide pas purement et simplement de refuser la liberté constitutionnelle d’association, décidant qui peut s’associer avec qui. Tantôt encore, on assimile la société civile à l’opposition politique quand on ne l’accuse pas de renfermer des traitres manipulés par des puissances étrangères.

Notre vocation, en tant qu’organisations de la société civile, est de promouvoir les conditions d’un dialogue apaisé entre nos concitoyens, et entre les citoyens et les dirigeants de ce pays. Nos organisations n’exercent rien d’autre que des droits reconnus à chacun des citoyens de ce pays : la liberté d’expression, la liberté d’association, le droit de réunion, le droit de demander des comptes à ceux qui se sont vus confier la responsabilité de gérer les affaires de tous. Elles n’ont rien à voir avec l’opposition politique qui, elle, est à la conquête du pouvoir tandis que nos organisations garderont le même œil vigilant même quand cette opposition aura gagné ce pouvoir. Et si nous recourons à des financements étrangers, c’est d’une part parce que le budget national ne prévoie pas de fonds pour des organisations citoyennes, mais d’autre part parce que même notre gouvernement y recourt sans qu’il devienne pour autant un traitre à la nation.

C’est aussi une évolution grave quand compte tenu du contexte crucial dans lequel nous nous trouvons. Alors que nous approchons d’une période électorale durant laquelle un débat public libre, ouvert doit se dérouler, cette volonté de réduire au silence les organisations de la société civile ne laisse rien présager de bon. Ceux qui seraient tentés de faire taire les voix discordantes doivent en mesurer les conséquences. Un débat tronqué ne peut que nuire à la sincérité des élections et à la légitimité des élus.

Les organisations de la société civile s’apprêtent à jouer un rôle important dans le processus électoral qui s’annonce. De façon classique, elles vont observer toutes les étapes du processus. Mais au-delà du simple monitoring, elles vont contribuer, aux côtés des media à animer le débat électoral. Sur chacun des secteurs de la vie sociale dans laquelle elles sont engagées, les organisations de la société civile peuvent exprimer les besoins de la population, formuler des propositions, interroger les acteurs politiques qui postulent à l’exercice du pouvoir sur leurs projets de société, sur leurs propositions. Le rôle de la société civile est donc irremplaçable et indispensable dans la vie démocratique du Burundi. Mais il ne peut mieux s’exercer que dans un climat de sérénité. Aujourd’hui nous en avons besoin lus que jamais.

A trois mois du premier anniversaire de l’assassinat d’Ernest MANIRUMVA, le meilleur souvenir que nous pouvons lui dédier est de poursuivre son combat pour un Etat de droit, pour une bonne gouvernance et pour la démocratie. Mais aussi poursuivre notre inlassable mobilisation jusqu’au jour où la vérité sur son assassinat éclatera.

Je vous remercie

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La vérité sur la mort de Salvator Nsabiriho

Source: Iwacu, 18/12/2009

 

Le 13 octobre, la garde du gouverneur de Kayanza a battu Salvator Nsabiriho, un citoyen de la province. Sérieusement atteint, il mourra 23 jours plus tard. Mais qu’est-ce qui s’est vraiment passé ce jour-là à Kayanza ? Iwacu retrace la chronologie des faits.

Une enquête signée Dieudonné Hakizimana

& Olivier Bizimana

La vérité sur la mort de Salvator Nsabiriho nsabiriho
Salvator Nsabiriho, citoyen de
la province de Kayanza

Kayanza, mardi le 13 octobre à 7h00
Feu Nsabiriho se réveille et se prépare pour aller à la messe.

7h 34 minutes Feu Nsabiriho assiste à la messe à la paroisse de Ruganza.

9h 15 minutes
Salvator Nsabiriho rentre chez lui.

9 heures 30 minutes
Feu Nsabiriho reçoit un coup de fil du gouverneur de Kayanza. Monsieur Senel Nduwimana lui demande de se présenter immédiatement à son cabinet. Nsabiriho s’exécute et se met en route.

9 h 50 minutes
Feu Nsabiriho est dans le cabinet du gouverneur. A ce jour, personne ne sait ce qui s’est passé à l’intérieur. Ils étaient à deux. Iwacu a essayé à maintes reprises d’avoir la version du gouverneur en vain. Néanmoins, dans la lettre écrite au procureur général de la République avant de mourir, Salvator Nsabiriho raconte que « le gouverneur lui a exigé d’exhiber le titre de propriété de la parcelle où il est en train de construire une maison. » Nsabiriho, comme il l’écrit dans sa lettre, lui a montré tous les papiers. Le gouverneur lui a demandé de payer une somme d’argent sans aucune justification. Nsabiriho a répondu qu’il n’en avait pas. Toujours d’après le seul document que nous avons sur cet entretien, la lettre de Nsabiriho, le gouverneur a tiré un pistolet de son tiroir. Nsabiriho s’est enfui à toute vitesse.

10h 23 minutes
M.D, un habitant de Kayanza témoigne : « Nsabiriho est sorti du bureau du gouverneur en courant. Senel Nduwimana était derrière lui. » Arrivé devant les escaliers du bâtiment provincial, le gouverneur a intimé l’ordre à ses trois policiers d’arrêter Nsabiriho et de le battre. Ces policiers sont Delvenis Miburo, Nestor Nigaba et Pierre Nzokirantevye.

10h 50 minutes
K.H de Kayanza témoigne : « La garde du gouverneur s’est mise à tabasser la victime sous les yeux de Senel Nduwimana. Quatre témoins de la scène confirment : « Nous étions là. Salvator Nsabiriho recevait des coups partout : Coups de bottes, coups de cross et de ceinturons. » R.C était près du lieu dit « monument de l’Unité », près des bureaux provinciaux : « J’ai pris mon véhicule pour voir ce qui se passait. J’ai constaté que c’était Nsabiriho, tout de blanc vêtu, suant, ses habits sales. Quelqu’un lui a apporté un verre de lait qu’il n’est pas parvenu à boire. Il n’arrivait même pas à parler », explique-t-il.

Vers 11 heures
Le gouverneur laisse la victime et se rend au monument de l’unité pour prononcer le discours du 48ème anniversaire de l’assassinat du prince Louis Rwagasore. Sa garde reste à la province avec Nsabiriho.

12h 45 minutes
Fin des cérémonies au monument de l’unité. Le gouverneur retourne au bureau provincial. Il y trouve Nsabiriho toujours assis sur les escaliers qui mènent à son bureau. Les trois policiers le gardent. Un attroupement s’est formé entretemps.

12h 48 minutes
Senel Nduwimana demande à Salvator Nsabiriho d’entrer de nouveau dans son cabinet. Celui-ci obéit. Encore une fois, ils sont à deux.

Vers 12h 53 minutes
Nsabiriho sort de nouveau en courant. Des témoins racontent : « Comme il était déjà affaibli, il n’a pas dépassé les escaliers et s’est assis devant la maison provinciale.

Vers 13 heures
Le gouverneur oblige Nsabiriho d’entrer encore une fois dans son bureau mais cette fois il refuse. Il estime que sa sécurité est en danger.

De 13 h à 14h30 minutes
Se tient, dans le cabinet, une réunion des chefs de services avec le gouverneur. Nsabiriho est toujours assis devant la maison provinciale. La foule venue du monument de l’unité à Kayanza l’entoure.

Vers 15h00
Le commissaire provincial de police et le chef du service national des renseignements à Kayanza entrent dans le cabinet du gouverneur. A ce moment, Nsabiriho estime que le gouverneur ne lui fera pas de mal en présence des deux personnalités. Il veut entrer mais Senel Nduwimana lui demande d’attendre dehors.

15h 45 minutes
Salvator Nsabiriho téléphone à une parenté à Bujumbura et lui dit : « Le gouverneur vient de m’infliger des coups de bâtons. » La personne au bout du fil croyait impossible qu’un gouverneur puisse battre un simple citoyen. Il lui demande pourquoi. Salvator Nsabiriho lui répond : « Dupfa itongo. » (Nous avons un conflit foncier) L’autre lui conseille d’aller à l’hôpital pour qu’on lui donne des calmants. Le gouverneur envoie Constantin Cimpaye, son conseiller socioculturel, dire à Salvator Nsabiriho qu’il peut rentrer chez lui pour revenir mercredi le 14 octobre à 8 heures. Comment est-il rentré ? Gloriose Ndereyimana, veuve de Nsabiriho raconte : « C’est un ami à nous qui l’a déplacé dans sa voiture car il ne pouvait plus marcher. », D’après cette enseignante en 6ème année à l’école primaire Ruganza I, la santé de son époux s’est détériorée car il ne mangeait plus.

Gloriose Ndereyimana, veuve de Nsabiriho : « Nous l’avons conduit dans la morgue avant de l’évacuer à Kayanza »

Le 14 octobre, le matin
Salvator Nsabiriho devait comparaître chez le gouverneur. Il téléphone encore à Bujumbura à l’un des proches de sa famille : « Je devais comparaître chez le gouverneur mais je ne m’y suis pas rendu. J’ai peur d’être encore battu. Je vais plutôt porter plainte. Comment est-ce qu’on fait ? » Ce dernier lui explique que pour le cas d’un gouverneur, il comparaît devant le Procureur Général de la République. Nsabiriho se rend à Bujumbura.

A 16 h00
Salvator Nsabiriho arrive à Bujumbura pour porter plainte devant le Procureur Général. Il dépose sa plainte le lendemain, puis remonte sur Kayanza. Mais il ne cesse de sentir des douleurs insupportables.

Dimanche, 18 octobre à 10 h 00
La famille décide de transporter Nsabiriho à l’hôpital de Kayanza : « C’est l’abbé Anselme Nicintijije, curé de la paroisse Ruganza, qui l’a transporté dans son véhicule jusqu’à l’hôpital », se souvient N.D, un voisin de la famille Nsabiriho.

Vers 10h12 minutes
Nsabiriho arrive à l’hôpital de Kayanza. Il est admis dans le service chirurgie, salle A, chambre numéro 1. D’après sa fiche d’hospitalisation portant le numéro 1000/09, dont IWACU a pu se procurer une copie, Nsabiriho avait « la diarrhée, des vomissements, des céphalées (maux de tête), une anorexie et des douleurs généralisées suite aux traumatismes par coups de bâtons reçus mercredi, 13octobre 2009. » Les examens prouvent que la température s’élevait à 35,5°c et la tension artérielle était de 7/5 (faible). Selon cette même fiche, on recommandait de surveiller cette tension artérielle. Curieusement, sur le « diagnostic entrée », le médecin écrit qu’il s’agit d’une suspicion d’une « toxi-infection alimentaire. »

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Nsabiriho est arrivé à l’hôpital Prince Régent Charles les reins déjà bouchés

Le 21 octobre, 16 h
Salvator Nsabiriho est transféré à Bujumbura. Il est dans une ambulance de l’hôpital de Kayanza. L’ambulance arrive à l’hôpital Militaire de Kamenge. On leur dit qu’il n’y a pas de lit ni de chambre. Pourtant, Nsabiriho est un militaire démobilisé. L’ambulance continue à l’hôpital Prince Régent Charles. Pas de place. Arrivé à la Polyclinique centrale, c’est plein également.

18 h00
Nsabiriho arrive à l’hôpital privé la « Miséricorde », il est reçu. Mais c’est un hôpital pour gynécologie. Salvator Nsabiriho est accompagné de sa femme, de deux autres dames et d’un garde malade. Il circule sur une chaise roulante. Il est aussitôt admis dans les urgences. On lui transfuse deux sérums « pour le réhydrater. » Après quelques heures, le diagnostic des examens tombe. Salvator Nsabiriho souffre d’une faiblesse généralisée et d’une goutte chronique. Le patient s’efforce de manger, mais vomit tout aussitôt.

Le 22 octobre
N’étant pas capable de supporter les factures de cette institution privée, la femme de Salvator Nsabiriho va demander des bons de soins au ministère de la Défense.

Le 23 octobre
Le ministère de la Défense ne peut pas accorder des bons de soins pour un hôpital privé. En plus, La « Miséricorde » est une maternité. Du coup, la famille de Nsabiriho, présente sur les lieux, se réunit. Elle trouve que les frais seront chers et décide l’évacuation. Mais vers où ? Le docteur Gervais Ninteretse leur donne un billet pour un transfert chez le Docteur Sophonie. Mais encore la famille juge la note élevée d’autant plus que même le ministère de la Défense ne veut pas payer. Les membres de la famille circulent dans tous les hôpitaux de la capitale mais sans trop de résultat.

Le 23 octobre, 9 h 00
Enfin ils trouvent une place à l’hôpital Prince Régent Charles. Il est accueilli dans la chambre 3 Pavillon 3, dans l’ancienne pédiatrie. Un médecin stagiaire lui fait des examens, mais les résultats sont tenus secrets. Salvator Nsabiriho vomit de plus en plus. Tout ce qu’il avale est directement rejeté. Même le « primpéran » (médicament fort pour arrêter les vomissements) n’a aucun effet. Il commence à vomir du sang. Le médecin Joseph Nzojiyobiri (médecine interne) passe dans la chambre de Nsabiriho pour une visite. Après avoir analysé les symptômes du malade, il diagnostique un problème de reins. D’après N.P, un proche de la famille, les médecins leur ont expliqué que les « reins étaient bloqués suite aux coups reçus, d’où ces vomissements. »

Le 03 novembre
Un nouveau diagnostic tombe : Salvator Nsabiriho a la malaria. « Comme le malheur ne vient jamais seul, il a attrapé de la malaria à Bujumbura », affirme la famille. Le médecin injecte de la quinine dans le sérum suspendu au dessus du malade. Mais les reins de Nsabiriho sont complètement abîmés. Il ne peut rien avaler, ni évacuer : « On lui a donné une limonade, peut être le dernier, mais il n’a rien digéré. Le ventre était déjà gonflé », confie une parenté, à son chevet.

Dans la nuit du 04 au 05 novembre, 2 h du matin
Salvator Nsabiriho rend l’âme. Il est conduit, la même nuit, dans la morgue de l’hôpital Prince Régent Charles avant d’être évacué à Kayanza. Rappelons que les bons de soins ont finalement été supportés par l’Etat Major de la FDN, l’Association de lutte contre la torture « ACAT », ainsi que la famille du défunt.

Samedi 07 novembre à 10h30 minutes
Les membres de la famille récupèrent le cadavre. Ils arrivent à Kayanza deux heures plus tard et se dirigent immédiatement au camp Kayanza où se déroule la messe de requiem. C’est l’aumônier militaire, abbé Albin Mananzigamira qui célèbre la messe. Elle dure 1h30.

TombeNsabiriho 14h00
Tous ceux qui assistaient à la messe se dirigent vers le cimetière de Kamurango sur la colline Cukiro pour procéder à l’enterrement. Salvator Nsabiriho était natif de la commune Gashoho en province Muyinga. Il habitait Kayanza depuis 1986. C’était un retraité de la force de défense nationale. Il a formé le gouverneur de Kayanza dans le Service Militaire Obligatoire (SMO). Nsabiriho était le chef du quartier Gisoro, de la ville de Kayanza. Il laisse une femme et sept enfants. L’aîné est en 8ème tandis que le cadet a une année seulement.
 


LES COMMANDITAIRES ET ASSASSINS D’ERNEST MANIRUMVA

Source : Burundi News

EXCLUSIF : LES COMMANDITAIRES ET ASSASSINS D’ERNEST MANIRUMVA

Par Gratien Rukindikiza

Burundi news, le 12/12/2009

LES COMMANDITAIRES ET ASSASSINS D’ERNEST MANIRUMVA Manirumva-2Depuis plusieurs mois, l’assassinant d’Ernest Manirumva hante le pouvoir burundais. La société civile a été frappée durement avec cet assassinat et n’entend pas se laisser intimider. Elle a mené ses enquêtes et votre serviteur, le site Burundi News, n’a pas abandonné le combat de la vérité. Les lecteurs savent que Burundi News avait déjà révélé l’existence des réseaux de soutiens du FDLR au niveau du pouvoir burundais en citant même des noms. Deux mois après, les experts des Nations Unies sortaient le rapport sur la même question. Burundi News est convaincu que le Président Nkurunziza a raison quand il dit à ses collaborateurs que Burundi News ne raconte pas n’importe quoi et que, au contraire, il faut suivre les révélations du site.

Qui sont les commanditaires directs de l’assassinat d’Ernest Manirumva ?

En tête se trouve le directeur de la Documentation intérieure, nommé Léonard. C’est lui qui cordonnait les actions des policiers. Léonard a demandé un service au commerçant Hilaire Ndayizamba, qui travaille beaucoup avec le pouvoir et connu surtout dans les malversations concernant les haricots de la Police. Ce service était de se renseigner pour savoir où se trouvait Ernest Manirumva le soir de la nuit fatidique.

Le directeur général adjoint de la Police Gervais Ndirakobuca, alias Ndakugarika, a aussi participé dans l’organisation et le suivi de l’assassinat d’Ernest Manirumva. C’est lui qui donnait des ordres à son subalterne, le commandant de la 1 ère région de la Police, Nikiza David, qui a été limogé de son poste.

Le commandant de la 1 ère région de la Police en ce moment, Nikiza David, a participé activement dans cet assassinat. C’est lui qui a demandé à la douane un véhicule supplémentaire pour la circonstance. Il est resté en communication avec les Motorola de la Police pour donner des instructions et recevoir des informations sur le déroulement. Il donnait directement des ordres aux policiers Jean Claude Ciza et Obède Ndikuriyo.

Ces communications étaient entendues par d’autres policiers et même d’autres gens ayant affiché la même fréquence. Les voici :

1ère communication :

Le policier Ciza à Nikiza David :  » Wawundi aratashe »(L’autre vient de rentrer).

Nikiza qui avait déjà oublié la mission, réplique : « Ni nde uyo wawundi » (C’est qui celui-là).

Ciza répond : « Ni Ernest Manirumva ».

2 è message après un bon moment,

Ciza sur le Motorola toujours : « Wawundi yapfuye » (L’autre est mort). La réponse est que c’est bon.

Le directeur de la douane a prêté son véhicule de cortège et un agent de sa sécurité pour cette mission. Etait-il au courant ? Sans aucun doute car il n’a pas prêté le véhicule et son agent sans connaître la mission. A noter qu’il est le chef des jeunes du CNDD-FDD qui s’illustrent dans la violence verbale et demain physique. Un officier supérieur de la sécurité présidentielle a aussi participé à l’organisation cet assassinat.

Le rôle du commerçant Hilaire Ndayizamba

Hilaire Ndayizamba est en prison pour cette affaire d’assassinat. Il clame son innocence et dit tout simplement qu’il a téléphoné à Ernest Manirumva au cours de cette nuit. Notons que Ndayizamba a téléphoné à Manirumva sur demande du directeur de la Documentation intérieure pour aider la filature de Manirumva.

Burundi News donne les détails de la conversation :

Ndayizamba : « Allo, Ernest, uri hehe nkaza tugasangira kimwe » (Allo, Ernest, Tu es où pour que je vienne partager un verre avec toi ?)

Ernest : « Ndi ngaha kwa juge rouge » (Je suis ici dans le bar de Juge rouge)

Après plusieurs dizaines de minutes, Ndayizamba encore : « Sinkije, vyangoye, nagomba kuza mugabo sinza » (Finalement, il m’est difficile de venir).

Ndayizamba lui a demandé aussi où se trouve son domicile et Manirumva a donné son adresse sans problème. La question qui se pose, est-ce que Ndayizamba était au courant de cet assassinat ? Est-ce qu’un ancien sous officier de l’armée pouvait ignorer le sens de sa mission reçue de la Documentation ? Il lui sera difficile de prouver le contraire.

Les exécutants

Nous ne citerons que les policiers déjà arrêtés pour éviter l’assassinat de ceux qui ne sont pas arrêtés. Il s’agit de Jean Claude Ciza, Obède Ndikuriyo, Rugerinyange, Bigirimana et Albert Sibomana, agent de sécurité du directeur de la douane. D’autres ne sont pas encore arrêtés et Sesé qui est au Canada est sous interrogatoire de la police canadienne.

Les commanditaires indirects

L’action a été coordonnée par la Documentation et la Police. De ce fait, les généraux Bunyoni et Adolphe Nshimirimana étaient les planificateurs principaux. Ils auraient suivi de loin l’action. La participation d’un officier de la sécurité présidentielle permet de penser que le Président Nkurunziza était au courant aussi. Le lecteur doit savoir que le Président ne donne jamais des ordres écrits ou au téléphone pour ce genre d’actions. L’ordre est verbal et ne doit pas laisser des traces.

Derrière chaque crime, il y a un mobile

La décision d’assassiner Ernest Manirumva a été prise quand les services de renseignement ont donné un rapport au Président Nkurunziza concernant les dossiers que Manirumva s’apprêtait à publier. Les enquêtes continuaient mais les dossiers étaient presque complets. Ces dossiers impliquaient directement certains généraux et le Président Nkurunziza.

* Armes détournées : Il avait reçu des informations fiables de la part d’un haut du CNDD-FDD sur les dizaines d’armes débarquées à Bujumbura et qui ne sont ni à la Police, ni à l’Armée. Ces armes peuvent avoir pris le chemin du Kivu chez les FDLR ou distribuées aux jeunes du CNDD-FDD pour perturber les élections. ;

* Les avocats du Président Nkurunziza : Derrière ces avocatiers que le Président plante, il y a de gros sous. Un avocatier planté rapporte au Président 2 700 francs bu. En effet, les services du Président achètent un avocatier à 300 francs bu et rentrent en comptabilité publique un montant de 3 000 frs Bu. Le surplus rentre dans les poches du chef. Manirumva était sur ce dossier explosif.

* Liste fictive de la Police : La police paie des policiers fictifs, qui n’ont jamais mis les pieds à la Police. En réalité, cet argent détourné rentrait dans les poches des chefs de la Police, surtout le ministre de la sécurité publique.

Ce sont ces trois dossiers que le pouvoir voulait éviter à tout prix la publication.

La gestion de cet assassinat

Il faut noter que cet assassinat de Manirumva a entraîné un autre assassinat. Il s’agit du capitaine Ndikuriyo, de la sécurité présidentielle, qui a été assassiné parce qu’il a refusé de participer à cet assassinat de Manirumva. Il a été éliminé par le pouvoir car il était déjà au courant de cet assassinat. Il est mort en héros avec des mains propres. Son frère député du CNDD-FDD a bien compris que c’est le pouvoir qui l’a assassiné. Il a refusé de faire des enquêtes, ni vu, ni connu !

Le pouvoir avait mis en place une commission judiciaire qui n’a rien fait car elle était téléguidée par le même pouvoir du CNDD-FDD. Une 3 è commission a pris les choses en main grâce à la pression internationale et de la société civile qui a mené des enquêtes de son côté et qui ont poussé cette commission à faire correctement son travail.

Aujourd’hui, le pouvoir, surtout la Présidence, les services de renseignement et la Police ont décidé de sacrifier Nikiza David pour protéger les chefs. Il a tenté de fuir le pays mais un général lui a demandé de rester et qu’il sera protégé. Les jours passent et le temps rattrape les auteurs de ce crime. Il ne faudra pas sacrifier seulement David Nikiza mais aussi le directeur général adjoint de la police, le directeur de la Documentation intérieure, pourquoi pas Bunyoni et Adolphe.

Le CNDD-FDD est démuni face aux scandales actuels. Il va falloir gérer le rapport sur le Congo, l’assassinat de Manirumva etc….Les forces manquent et plusieurs militants se découragent et ne veulent plus suivre des assassins pour les maintenir au pouvoir.

Les assassins de Manirumva devront retrouver leurs places dans la prison de Mpimba. Tôt ou tard, ils finiront par être jugés.


« Ma mort ne résoudra rien »

Source : Iwacu, 24/11/2009

Écrit par Antoine Kaburahe

Pacifique Ninihazwe est menacé de mort après son discours à Kayanza. Pourtant, il avait seulement demandé justice après la mort d’un citoyen de cette province.

« Ma mort ne résoudra rien » Pacifique_NININAHAZWE-3« Je n’ai pas peur ». Il parle avec un calme et une détermination qui tranchent avec sa jeunesse. On sent très vite qu’il est de la trempe des courageux. Pourtant, il détient des informations précises sur les préparatifs de son élimination par les services de la Documentation nationale. En effet, une fuite dans le service a permis à Pacifique Ninihazwe de connaître le macabre projet. Il ne veut pas en dire plus pour protéger sa source et on le comprend.

Tout part de son discours aux funérailles de Salvator Nsabiriho, mort des suites des coups reçus de la garde policière du gouverneur de Kayanza. De ce qu’il a dit, il ne regrette et ne retire rien : « j’ai demandé que justice soit faite pour ce citoyen, j’ai demandé que le président prenne ses responsabilités, car un gouverneur c’est son représentant dans la province. » Par ailleurs, rappelle avec beaucoup de modestie le jeune militant, à Kayanza il n’était que « le porte-parole de la société civile. »

En effet, Pacifique Ninihazwe est le délégué du FORSC (Le Forum pour le Renforcement de la Société Civile). D’après Ninihazwe, ce que le ministre de l’Intérieur a appelé « les insultes de Kayanza » n’est qu’un plaidoyer pour la justice et le respect des droits de l’homme.

A Kayanza, Pacifique Ninihazwe avait rappelé que le cas de Nsabiriho faisait suite aux assassinats de Muyinga,Kayogoro, le meurtre de Manirumva, etc. Pacifique Ninihazwe reste serein malgré tout. « Me tuer ne résoudra rien » lance-t-il avec détachement. Des paroles qui rappellent celles du Kabyle Djaout assassiné par des islamistes algériens : « si tu te tais, tu meurs et si tu parles, tu meurs. Alors, dis et meurs ! »Mais Pacifique Ninihazwe ne mérite pas la mort. Pacifique, parle et vis !


Pacifique NININAHAZWE : « MA MORT NE RESOUDRA RIEN »

Le Journal Iwacu vient de publier un entretien qu’il a eu avec Pacifique NININAHAZWE à propos des menaces de mort qui pèsent aujourd’hui sur ce jeune militant des droits de l’homme au Burundi.

La redaction de ce site vous dédie, en ces moments difficiles pour le FOCODE et son Président, ces paroles de Martin Luther KING en 1967, soit une année avant son assassinat.

« Je vous le dis ce matin, si vous n’avez jamais rencontré rien qui vous soit si cher, si précieux que vous soyez prêt à mourir pour ça, alors vous n’êtes pas apte à vivre. Vous pouvez avoir trente-huit ans, comme il se trouve que je les ai et, un certain jour, une grande occasion se présente à vous et vous appelle à vous dresser pour une grande cause, ou une grande affaire ou un grand principe. Et vous refusez parce que vous avez peur. Vous refusez parce que vous avez envie de vivre plus longtemps. Vous avez peur de perdre votre popularité, ou d’être poignardé ou abattu ou qu’une bombe soit lancée sur votre foyer. Aussi refusez-vous de vous dresser pour venir à la barre. Eh bien, vous pouvez continuer à vivre jusqu’à quatre-vingt-dix ans mais vous êtes aussi mort à trente-huit ans que vous le serez à quatre-vingt-dix. Et quand vous aurez cessé de respirer pour de bon, ce ne sera que l’annonce tardive d’une mort de votre esprit, survenue depuis bien longtemps. Vous êtes mort quand vous avez refusé de vous dresser pour la bonne cause. Vous êtes mort quand vous avez refusé de vous dresser pour la vérité. Vous êtes mort quand vous avez refusé de vous dresser pour la justice.

« Ne croyez jamais que vous n’avez personne sur qui compter. Allez en prison si c’est nécessaire, mais vous n’y allez jamais seul. Prenez position pour ce qui est juste, même si le monde peut se méprendre sur vous et vous critiquer. Mais vous n’êtes jamais seul car j’ai lu quelque part qu’un homme, s’il est avec Dieu, forme une majorité. »

Pour lire l’intégralité de l’article d’IWACU, cliquez ici

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